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Ushuaïa, joyau de la Terre de Feu, sous l’ombre portée de l’hantavirus

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La cité argentine, célèbre pour son cadre spectaculaire au bout du monde, fait face à des interrogations sur son lien potentiel avec l’épidémie d’hantavirus qui a frappé le navire Hondius, parti de ses quais début avril.

Sous un ciel gris et un thermomètre oscillant autour de zéro degré, le port d’Ushuaïa, niché sur le canal de Beagle, offre un spectacle hivernal inhabituel. Les bateaux de pêche et quelques cargos animent encore les lieux, mais aucun des grands paquebots de croisière qui, en saison, déversent plus de 150 000 visiteurs en près de cinq cents escales annuelles. La saison qui s’étend de septembre à avril s’est achevée, laissant place à un calme relatif.

Malgré ce répit, de petits groupes de touristes, bien équipés contre le froid, profitent des excursions en catamaran vers les îles voisines, l’île aux Oiseaux ou celle des Lions de mer. L’inquiétude liée à l’hantavirus semble absente des conversations, du moins en apparence. Luis Cardona, un Colombien venu en couple pour quelques jours, confie en souriant, plié sous le vent, que tout lui paraît normal. Pourtant, lui et sa femme portent un masque sanitaire, mesure qu’il attribue à la fois au froid et à la situation sanitaire.

Silvina Galarza, une Argentine de passage pour quatre jours depuis Concordia, à plus de 2 700 kilomètres de là, observe que très peu de gens arborent un masque. Elle était informée de l’affaire du Hondius et de la présence de rongeurs, ce qui a suscité une certaine appréhension. Mais à bord du catamaran qu’elle quitte, avec une quarantaine de passagers, personne n’évoquait le sujet.

Les autorités scientifiques, politiques et touristiques de la province de Terre de Feu répètent inlassablement que la probabilité que le passager néerlandais, premier cas identifié, ait contracté le virus à Ushuaïa lors de son séjour de deux jours avec son épouse est pratiquement nulle. Elles mettent en avant le délai très court entre son passage à terre et l’apparition des premiers symptômes en mer, le 6 avril. Elles rappellent également l’absence de tout cas d’hantavirus dans la province depuis que la déclaration est obligatoire en 1996. Enfin, elles soulignent que le rat à longue queue, vecteur de la souche Andes du virus transmissible entre humains, ne vit pas dans la région, mais dans les provinces andines plus au nord. Un doute subsiste toutefois sur une possible sous-espèce locale, qu’une mission scientifique de Buenos Aires doit prochainement éclaircir.

Une vaste décharge située à six ou sept kilomètres d’Ushuaïa, une ville de 80 000 habitants, attire pourtant les soupçons. Selon des informations non confirmées officiellement, le couple néerlandais, passionné d’ornithologie, aurait pu s’y rendre pour observer des espèces locales, comme le caracara à gorge blanche. La décharge, semi-organisée avec des zones d’enfouissement et une partie à ciel ouvert, attire de nombreux charognards. Bien que grillagée, des chemins de terre permettent une observation à distance.

Les scientifiques locaux restent sceptiques. Guillermo Deferrari, chercheur au Centre austral d’investigations scientifiques d’Ushuaïa, rappelle que le rat à longue queue est herbivore et se nourrit de graines et de fruits. Sa présence est donc liée aux écosystèmes andins boisés, et non aux décharges, contrairement aux rats communs.

Malgré ces arguments, Ushuaïa reste sous le coup des interrogations. Lundi, la chambre de tourisme locale a exprimé son mécontentement, appelant les médias à ne diffuser que des informations vérifiées et officielles. Les autorités touristiques affirment ne pas avoir constaté d’impact sur les réservations pour la prochaine saison de croisières, mais certains professionnels du secteur s’inquiètent. Angel Brisighelli, gérant d’une entreprise de catamarans, déplore que la destination soit associée à la transmission d’une maladie, même en l’absence de précédent local et de présence du rat vecteur. La réalité, selon lui, est que tout le monde évoque le bateau parti d’Ushuaïa.

Quelques flocons de neige sont tombés sur la ville lundi, sans tenir au sol, mais suffisants pour saupoudrer les hauteurs environnantes, dans ce décor à la fois austère et magnifique de montagne et de mer. Avec l’hiver austral arriveront d’autres touristes, notamment des skieurs pour la station de Cerro Castor, à 26 kilomètres. Luis Cardona ne sera pas du voyage, mais il affirme n’avoir aucune réticence à revenir à Ushuaïa, qu’il trouve très jolie, hantavirus ou pas.

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