Économie
La justice milanaise impose à Glovo la requalification de ses coursiers

_**Un tribunal italien a placé la filiale du groupe de livraison sous administration judiciaire, estimant que les livreurs, traités comme des indépendants, relevaient en réalité du statut de salarié.**_
La filiale italienne de la plateforme de livraison Glovo, Foodinho, se voit contrainte de revoir intégralement le statut de ses livreurs. Un tribunal de Milan a en effet ordonné cette régularisation après avoir placé l’entreprise sous administration judiciaire pour non-respect de la législation du travail. Les magistrats ont constaté des pratiques systématiques de sous-rémunération et une absence de protection sociale pour des travailleurs pourtant soumis à un contrôle étroit.
L’enquête a mis en lumière des conditions d’activité précaires. De nombreux coursiers, principalement de nationalité étrangère, effectuaient des journées pouvant atteindre dix heures, six jours par semaine, pour une rémunération moyenne avoisinant 2,50 euros par course. Le tribunal a estimé que cette rémunération pouvait être inférieure de plus de 80% aux minima conventionnels et située bien en deçà du seuil de pauvreté.
Le jugement souligne que ces travailleurs, bien que juridiquement déclarés comme indépendants, étaient en réalité soumis à une gestion algorithmique comparable à un lien de subordination. La géolocalisation permanente et les systèmes d’évaluation des performances constituaient, selon la justice, des marqueurs d’un emploi salarié déguisé. Le tribunal a ainsi qualifié la politique de l’entreprise de rejet explicite des obligations légales dans un objectif de maximisation des profits.
Pour superviser le retour à la conformité, un administrateur judiciaire a été désigné. Sa mission prendra fin une fois les changements structurels nécessaires mis en œuvre. Cette décision s’inscrit dans une série de contentieux similaires en Italie, où la justice avait déjà enjoint à plusieurs acteurs majeurs de la livraison de régulariser la situation de dizaines de milliers de coursiers.
La société Glovo a fait savoir qu’elle prenait acte de cette décision et qu’elle fournirait tous les éléments pour démontrer le respect de la loi. Un porte-parole a toutefois précisé que le jugement n’imposait pas l’embauche de l’ensemble des 40 000 livreurs opérant sur le territoire italien. Cette affaire illustre les défis juridiques persistants du modèle économique des plateformes, un sujet désormais encadré au niveau européen par une directive récente sur la transparence algorithmique et la présomption de salariat.

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