Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Chez les yakuzas, la coupe impeccable fait partie du métier

Au Japon, certains membres de la pègre entretiennent une coiffure très travaillée pour soigner leur réputation et leur allure. Cette habitude passe par…

Article

le

Chez les yakuzas, la coupe impeccable fait partie du métier

Au Japon, certains membres de la pègre entretiennent une coiffure très travaillée pour soigner leur réputation et leur allure. Cette habitude passe par des salons où ils trouvent aussi un peu de calme, loin d’un quotidien violent.

Dans un salon de Tokyo, un homme de 44 ans surnommé Tekisasu, ce qui signifie « Poignardeur d’ennemis », passe régulièrement sous les ciseaux. Il parle d’une permanente mensuelle de deux heures et de retouches chaque semaine pour garder les côtés et l’arrière du crâne rasés en dégradé haut. Pour lui, une coupe nette n’est pas un détail. Elle soutient son image dans un milieu où l’apparence pèse sur la réputation. Un homme soigné inspire davantage confiance, dit-il en substance, et une permanente en désordre peut faire perdre de la crédibilité à quelqu’un qui cherche à convaincre un partenaire commercial.

Tekisasu, ancien rappeur entré dans la criminalité vers 25 ans, arrêté puis libéré récemment, décrit son coiffeur comme une « oasis ultime », un endroit où il peut plaisanter avec le personnel et oublier pendant quelques heures un univers où la violence n’est jamais loin. Il évoque les affrontements entre organisations, présentés comme une question de fierté, et un souhait simple, vivre en souriant sans blesser personne ni être blessé. Il reconnaît aussitôt que ce monde ne fonctionne pas ainsi.

Le coiffeur, âgé de 32 ans, accueille régulièrement une dizaine de yakuzas. Il préfère rester anonyme et ne voit pas de problème à les recevoir. Son travail les rend surtout plus élégants, dit-il, même s’il contribue à leur donner une allure intimidante. Il a hérité du métier de son père et s’est spécialisé dans le « punch perm », une coiffure aux petites boucles rigides née il y a plusieurs décennies en réaction à des coiffures masculines plus longues. Ce style a été adopté par des ouvriers, des délinquants et des yakuzas. Son premier client au profil manifestement criminel, avec un bout de doigt manquant et un regard sévère, l’a poussé à tout faire pour le fidéliser.

Cette clientèle comporte des risques. Les salons peuvent devenir des lieux où des gangsters désarmés sont attaqués. Le coiffeur veille donc à ne jamais faire se croiser des membres de bandes ennemies. Il résume la limite de son rôle avec une formule simple. Une fois la porte franchie, ce qui doit arriver dehors arrivera, et il cesse de leur parler.

La loi japonaise complique par ailleurs les liens entre les entreprises et les organisations criminelles. Elle interdit de fournir sciemment des avantages qui aideraient leurs activités. Un ancien enquêteur spécialisé explique qu’une coupe de cheveux reste légale s’il s’agit d’une transaction normale. Un traitement de faveur, comme un tarif anormalement bas, pourrait en revanche tomber sous le coup de la législation. Il estime aussi que des règles plus strictes devraient empêcher les yakuzas d’accéder à des lieux de détente, salons compris, si l’objectif est vraiment de les éradiquer.

Les yakuzas restent une menace aux yeux de la police, même si leur nombre est tombé à un plancher historique de 17 600 membres. Les organisations s’adaptent. Des années de législation stricte les ont déjà écartés de nombreux services courants, comme l’ouverture d’un compte bancaire, la location d’un logement ou l’obtention d’une carte de crédit. Tekisasu le reconnaît, les paiements en espèces restent souvent la seule option. Un Japon entièrement sans liquide rendrait leur quotidien plus difficile.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus