Faits Divers
La justice en colère une auberge espagnole de revendications
Ce lundi, des milliers de professionnels de la justice se sont rassemblés devant les palais de justice partout en France. Avocats, magistrats, greffiers…


Ce lundi, des milliers de professionnels de la justice se sont rassemblés devant les palais de justice partout en France. Avocats, magistrats, greffiers et même policiers ont mêlé leurs voix pour dénoncer le projet de loi SURE et la gestion de l’affaire Lyhanna par le ministre Gérald Darmanin.
Pour la première fois, des acteurs de la chaîne pénale que l’on voit rarement côte à côte ont fait front commun. Mais cette unité apparente cache une réalité plus éclatée. Chaque corps de métier a ses propres griefs. Les magistrats réclament des moyens humains et financiers. Les avocats s’opposent frontalement à la réforme de la justice criminelle. Les policiers, eux, dénoncent la désorganisation des enquêtes après la réforme de la Police judiciaire. Un juge résume la situation en une formule qui a fait son chemin. C’est une auberge espagnole, dit-il. Chacun apporte ses propres colères et les pose sur la même table.
La colère est en grande partie alimentée par l’affaire Lyhanna. Après le meurtre de cette enfant, le garde des Sceaux a retiré son habilitation à une magistrate d’Auch, l’accusant de dysfonctionnements dans le suivi du suspect. Une décision vécue comme une mise en accusation publique. Les magistrats estiment que le ministre les a jetés en pâture pour masquer le manque criant de moyens. Sans effectifs ni temps, disent-ils, une erreur similaire peut se reproduire n’importe où. En parallèle, les avocats ne décolèrent pas contre ce qui reste de la loi SURE. Même si Gérald Darmanin a renoncé au plaider-coupable criminel, ils jugent le texte toujours inepte et dangereux pour les droits de la défense.
Les rassemblements ont été suivis dans de nombreuses villes. À Paris, des dizaines de personnes en robes noires ou rouges se sont postées sur les marches de la cour d’appel. À Bobigny, les audiences ont été maintenues mais certaines permanences n’ont pas été assurées, obligeant à renvoyer des comparutions immédiates. À Bordeaux ou Nantes, les syndicats parlent de belles mobilisations. À Brest, une centaine de magistrats, avocats et policiers ont déployé des banderoles pour demander des moyens à la hauteur. À Bayonne, la présidente du tribunal raconte des audiences qui se terminent à deux heures du matin. Partout, le même cri résonne. La justice manque de tout. Et dans cette cacophonie de revendications, un grand absent a été remarqué. Les surveillants pénitentiaires et la crise de la surpopulation carcérale n’ont presque pas été évoqués, alors que la France s’apprête à franchir le cap des 90 000 détenus pour moins de 65 000 places.
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