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Juifs religieux, ils viennent en Cisjordanie pour faire barrage aux colons violents

Ziva Sharp et une trentaine d’autres Israéliens croyants se rendent régulièrement auprès de familles palestiniennes menacées par des colons extrémistes.…

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Juifs religieux, ils viennent en Cisjordanie pour faire barrage aux colons violents

Ziva Sharp et une trentaine d’autres Israéliens croyants se rendent régulièrement auprès de familles palestiniennes menacées par des colons extrémistes. Une résistance à contre-courant qui leur vaut aussi d’être pris pour cible.

Ziva Sharp ne voit aucune contradiction entre sa foi et son engagement. Pour elle, défendre des Palestiniens en Cisjordanie, c’est mettre en pratique un judaïsme humaniste et non violent. Elle le résume avec une formule qui dit tout. « Nous sommes censés être à l’image de Dieu, suivre ses voies et les voies de Dieu sont celles de la pitié, de la compassion et de la justice. » Son groupe, Bnei Avraham, Les enfants d’Abraham, rassemble des juifs religieux qui revendiquent l’héritage du patriarche commun aux trois monothéismes. Une position rare dans le paysage des militants de la paix en Israël.

Mardi, l’engagement de ces volontaires a viré à l’affrontement. Dans le village de Jannatah, près de Bethléem, ils tentaient de dégager une route et de construire une clôture pour protéger la maison de la famille Faraj. Cette famille subit la pression d’extrémistes juifs depuis la mort de Mohammed Faraj, tué en mars lors d’affrontements avec des colons. Son frère Hassan affirme que personne n’a été arrêté pour ce meurtre. Tout à coup, deux voitures sont arrivées. De jeunes colons en sont sortis et ont violemment chassé militants et journalistes à coups de pierres et de gaz poivré. Un journaliste présent sur place a été blessé au menton d’un coup de bâton. Pendant la retraite des militants, les vitres de leurs véhicules ont été brisées et leurs pneus crevés. Les soldats israéliens présents n’ont quasiment pas réagi.

Ces colons affirment eux aussi être guidés par Dieu. Beaucoup sont mineurs et appartiennent au mouvement radical des Jeunes des collines, qui veut expulser les Palestiniens de ce qu’ils appellent la Judée-Samarie. Leur avant-poste, baptisé Kochav Yehuda, a été démantelé 64 fois par les autorités israéliennes. Chaque fois, il a été reconstruit. La dernière fois, c’était lundi, la veille de l’incident.

Au sein du groupe Bnei Avraham, les profils sont variés. Avishai Liss, 26 ans, a grandi dans une localité sioniste et religieuse du nord d’Israël. Il milite depuis plus d’un an. « En tant que juif, en tant que sioniste, je pense que ce qui se passe actuellement en Cisjordanie n’est pas juif. Et ce n’est certainement pas moral. C’est pour cela que je viens ici, pour aider le peuple palestinien et défendre leurs maisons contre les colons violents », explique-t-il. Dror Nadel, 27 ans, a quitté à l’adolescence la communauté ultra-orthodoxe où il a grandi près de Tel-Aviv. Il dit que son éducation a façonné sa vision socialiste. « Mon père pratiquait la tzedakah, il donnait de l’argent aux personnes pauvres du quartier », raconte-t-il.

Ces militants savent que les colons violents lisent les mêmes textes sacrés qu’eux. Ziva Sharp en tire une leçon simple. « On peut toujours choisir, dans ses sources, ce qui nous arrange. » Dror Nadel, lui, reste prudent. Le fait d’être juif ne fait pas de vous une bonne personne, dit-il. Il voit la religion comme une force ambiguë. Quelque chose de vraiment beau, mais aussi quelque chose de vraiment dangereux, capable de mener dans de très mauvaises directions.

Ces actions se déroulent dans un contexte tendu. Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967, avec plus d’un demi-million de colons installés au milieu de près de trois millions de Palestiniens. Les violences commises par des Israéliens contre des Palestiniens ont fortement augmenté depuis l’attaque du 7 octobre 2023 lancée depuis Gaza. Face à cette escalade, un petit groupe de croyants a choisi un autre camp, celui de la protection des plus fragiles.

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