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Des vers de 17 syllabes pour saisir l’horreur du conflit ukrainien

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À Poltava, une jeune poétesse transforme les bombardements en haïkus. Ses poèmes, salués au Japon, témoignent des fragiles instants de beauté au milieu de la guerre.

Dans un immeuble soviétique de Poltava, en Ukraine centrale, un ascenseur capricieux mène à l’appartement de Vladislava Simonova. À 27 ans, cette poétesse aux cheveux roses et au pull fuchsia jouit d’une renommée au Japon tout en restant presque inconnue dans son propre pays. La pièce est tapissée d’une moquette tendre, et une étagère voisine rassemble quinze livres de poètes ukrainiens contemporains, deux théières japonaises, trois icônes religieuses et une figurine de Phoebe Buffay de la série Friends. Dehors, le bourdonnement d’un drone trouble le ciel de Poltava ; une explosion retentit au loin, au moment même où elle prononce le mot explosion, en référence aux bombardements russes qui terrorisent l’Ukraine.

Vladislava Simonova n’imaginait pas, un jour, écrire sur la guerre. Puis elle a compris que les détails infimes peuvent, peut-être, mieux transmettre la tragédie de ce conflit. Elle fait partie de toute une génération d’artistes ukrainiens – soldats ou civils, connus ou confidentiels – qui rendent compte de l’agression militaire et de sa volonté de détruire aussi leur culture.

En 2013, encore adolescente, elle découvre les haïkus, ces poèmes de trois vers et dix-sept syllabes codifiés au Japon au XVIIe siècle pour célébrer la nature, le quotidien et l’éphémère. Pendant des années, elle étudie les maîtres japonais – Bashō, Buson, Issa – et compose plus de six cents haïkus, devenus de moins en moins maladroits, dit-elle. En 2018, elle remporte un concours organisé par une publication japonaise.

Quand l’invasion massive débute en février 2022, elle vit à Kharkiv. L’armée russe bombarde sans relâche cette ville du nord-est. Pendant trois mois, la poétesse survit dans un abri souterrain. De là, elle donne une interview au journal Asahi Shimbun. La poétesse reconnue Mayuzumi Madoka la contacte ensuite. Selon elle, Vladislava Simonova possède une profonde compréhension de l’essence des haïkus, et son œuvre révèle une communion avec la nature ainsi qu’un optimisme malgré des thèmes sombres.

En août 2022, l’abri où elle avait vécu à Kharkiv est anéanti par une frappe russe. Elle déménage à Poltava. En 2023, avec l’aide de Mayuzumi Madoka et d’une dizaine de personnes, elle publie au Japon son premier recueil, qui reçoit de grands éloges. Un deuxième recueil paraît en 2024, puis un autre au Danemark début 2026. Elle rêve d’en publier un en Ukraine.

Avant la guerre, elle écrivait en russe. Depuis, elle est passée à l’ukrainien. La traduction de ses poèmes lui a posé des problèmes complexes en raison des différences entre les deux langues. Elle ne lit presque pas de prose, seulement de la poésie et la Bible. Elle appartient à la petite communauté catholique de Poltava.

Un froid dimanche de printemps, elle propose une promenade dans un parc presque vide. La poétesse, vêtue d’une doudoune multicolore, s’assoit sur la branche d’un arbre près d’un étang aux reflets d’acier. Depuis l’enfance, elle souffre d’une grave maladie cardiaque qui l’épuise. C’est à l’hôpital qu’elle avait découvert les haïkus, dans une anthologie qui contenait aussi des poèmes perses.

Le vent souffle. Elle se lève et lit à voix haute pour la première fois en public, répétant chaque poème deux fois. Le premier est dédié à ses amis disparus. Le deuxième évoque un souvenir de Kharkiv. Le troisième porte sur le ciel d’aujourd’hui et les missiles qui le traversent.

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