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Des agents de sécurité russes infiltrés à bord des pétroliers de l’ombre
La présence de personnels issus d’une société privée liée au pouvoir russe à bord d’un navire arraisonné par la France lève un coin du voile sur les méthodes d’accompagnement et de renseignement de la flotte parallèle.
La découverte de deux ressortissants russes, employés par une société militaire privée, à bord du pétrolier Boracay lors de son arraisonnement en septembre dernier éclaire d’un jour nouveau les pratiques entourant la flotte dite fantôme. Selon des informations concordantes, ces individus, présentés comme des techniciens sur les documents de bord, avaient pour mission officielle la protection du navire et de son équipage. Leur rôle dépassait cependant la simple sécurité, incluant une activité de collecte de renseignements, notamment par la prise de photographies de bâtiments militaires ou de zones côtières européennes lors du passage du navire.
Ces deux hommes, âgés de 34 et 40 ans, étaient salariés de la société Moran Security Group. Cette entreprise, fondée par d’anciens officiers des services de sécurité russes et placée sous sanctions américaines, entretient des liens étroits avec les autorités de Moscou. L’un des deux agents est un ancien policier ayant également servi au sein du groupe Wagner. Leur présence à bord du Boracay, depuis son chargement à Primorsk jusqu’à une escale à Suez, n’était pas du ressort du commandant du navire, un capitaine chinois actuellement jugé à Brest pour refus d’obtempérer.
Cette affaire illustre un phénomène plus large. Des dizaines de navires appartenant à cette flotte parallèle, utilisée pour contourner les restrictions occidentales sur les exportations d’hydrocarbures russes, seraient dotés de telles équipes de protection. Fournies par Moran Security Group, elles escortent notamment les pétroliers en mer Baltique et dans l’Atlantique. Un responsable du renseignement d’un pays riverain de la Baltique confirme cette présence systématique depuis l’an dernier, évoquant une coordination au minimum étroite entre ces sociétés privées et l’État russe.
Les activités de Moran Security Group s’inscrivent dans un réseau complexe. L’entreprise, qui recrute activement d’anciens militaires des forces spéciales, revendique une expérience opérationnelle au Moyen-Orient et en Afrique. Ses connexions avec le groupe Wagner sont historiques, deux de ses anciens membres étant à l’origine d’une structure considérée comme l’ancêtre de cette organisation. Le président de Moran est un lieutenant-colonel retraité du FSB, le service de sécurité intérieure russe.
Alors que l’Union européenne tentait d’adopter de nouvelles sanctions ciblant cette flotte fantôme, son processus a été suspendu par un veto. Parallèlement, le trafic de ces navires, dont le nombre ne cesse d’augmenter en Baltique selon les observateurs, continue de poser des défis en matière de surveillance et de preuve, notamment concernant d’éventuels actes de sabotage d’infrastructures sous-marines. Le Boracay, quant à lui, navigue désormais sous pavillon russe et a été rebaptisé.
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