Économie
Dangote lance au Kenya une raffinerie géante et promet à l’Afrique de ne plus dépendre des carburants importés
Le milliardaire nigérian pose mercredi la première pierre d’un chantier évalué à 16 milliards de dollars sur la côte kényane. Son pari, faire du continent…

Le milliardaire nigérian pose mercredi la première pierre d’un chantier évalué à 16 milliards de dollars sur la côte kényane. Son pari, faire du continent un acteur qui raffine lui-même son pétrole plutôt que de l’acheter ailleurs.
La scène se joue à Lamu, sur la côte nord-est du Kenya, face à l’océan Indien. C’est là, près du port en eaux profondes inauguré en 2021, qu’Aliko Dangote doit poser la première pierre de sa nouvelle raffinerie. Le président kényan William Ruto et plusieurs dirigeants africains sont attendus à la cérémonie, et la zone a été placée sous haute surveillance pour l’occasion. Un décor choisi, donc, pour un projet que son promoteur présente comme une étape de plus vers un continent qui transforme enfin ses propres ressources.
Les chiffres donnent la mesure de l’ambition. La future installation affiche une capacité annoncée de 700.000 barils par jour, pour un coût estimé à 16 milliards de dollars, soit environ 14,1 milliards d’euros. Le groupe fondé par l’homme le plus riche d’Afrique n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà mis en service en 2024, au Nigeria, la raffinerie la plus productive du continent, avec 650.000 barils par jour, qu’il compte pousser à 1,4 million d’ici 2028. À ce niveau, elle deviendrait la plus importante au monde. Le site kényan, lui, doit aussi embarquer une centrale électrique de 1.000 mégawatts, dont la moitié de la production sera injectée dans le réseau national.
Derrière le béton et les tuyaux, il y a un problème de fond. L’Afrique produit plusieurs millions de barils de brut chaque jour, mais importe 70 % des carburants qu’elle consomme, rappelle l’Africa Finance Corporation dans un rapport publié en avril. Cette institution financière panafricaine prévient que le phénomène va s’aggraver. Elle estime que les importations de carburant du continent représenteront en 2040 près de trois fois la capacité de la raffinerie nigériane de Dangote. Autrement dit, même avec des sites de cette taille, la demande continuera de filer plus vite que l’offre locale.
Le projet kényan ne fait pourtant pas l’unanimité. Des riverains se disent spoliés de leurs terres et ont saisi la justice, qui doit rendre sa décision lundi. Les défenseurs de l’environnement, Greenpeace en tête, pointent de leur côté une menace pour « un écosystème fragile ». La réponse du patron nigérian est venue mardi, sans détour. Il n’y a « aucun problème », a-t-il lancé, en désignant ceux qui, selon lui, « ne veulent pas le développement de l’Afrique ».
Reste une question que les observateurs posent ouvertement, celle de l’origine du brut qui alimentera l’installation. Les pays voisins commencent à peine à exploiter leurs réserves, et pas encore en quantité suffisante. Dangote assume. Le pétrole viendra de plusieurs zones situées hors d’Afrique, explique-t-il, le temps que le Kenya, la Tanzanie ou le Mozambique montent en puissance et trouvent sur place une raffinerie déjà opérationnelle. Il fixe même un horizon. « D’ici 2030, la majorité des pays africains seront autosuffisants » en carburants, affirme-t-il, en ajoutant que peu importe où le raffinage a lieu, du moment qu’il se fait sur le sol africain. Et si des entrepreneurs du continent prennent eux-mêmes en charge les grands chantiers, il ne sera « plus nécessaire » de faire venir des entreprises chinoises ou indiennes pour les bâtir.
Lamu, elle, n’est pas qu’un port. Le comté est surtout connu pour son archipel et pour sa vieille ville, bâtie au XIIe siècle en roche corallienne et en bois de palétuvier. L’Unesco l’a inscrite au patrimoine mondial, saluant « le plus ancien et le mieux préservé des lieux de peuplement swahilis en Afrique de l’Est ». Un décor de corail et de mangrove qui va donc cohabiter avec un complexe industriel. Pour Dangote, 700.000 barils par jour, « c’est en réalité peu » au regard de ce qui s’annonce. Et la raffinerie, prévient-il, n’est « que le début » de ce qu’il compte installer dans la région.
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