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En Martinique, les algues brunes empoisonnent le quotidien des riverains

Sur l’île, les tapis de sargasses qui s’échouent sans relâche libèrent des gaz qui rongent les habitations et abîment la santé des habitants. Malgré des…

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En Martinique, les algues brunes empoisonnent le quotidien des riverains

Sur l’île, les tapis de sargasses qui s’échouent sans relâche libèrent des gaz qui rongent les habitations et abîment la santé des habitants. Malgré des millions d’euros engagés, les communes peinent à endiguer un phénomène qui ne connaît plus de saison.

Thierry Lebrun a 69 ans et vit face à la mer, au Robert, en Martinique. Ce médecin a vu sa villa et son jardin autrefois fleuris se dégrader peu à peu. La robinetterie rouille, les appareils électroménagers s’abîment, sa voiture n’échappe pas aux dégâts. La faute aux sargasses, ces algues brunes qui s’échouent par tonnes sur le littoral et libèrent en se décomposant du sulfure d’hydrogène et de l’ammoniac. Des gaz qui rongent tout sur leur passage.

Ce praticien hospitalier ne se plaint pas seulement pour ses biens. Il a mal au crâne, les yeux irrités et le nez qui coule sans arrêt. Comme lui, des milliers d’habitants installés près du rivage subissent le même sort. En 2023, il a cofondé l’Association sargasses Martinique pour porter la voix de tous ces riverains. « Avant, c’était le paradis ici. Maintenant, c’est l’enfer », lâche-t-il, alors qu’une quatrième conférence entre l’Union européenne et les Caraïbes sur le sujet se tient les 1er et 2 octobre à Cancun, au Mexique.

Quinze ans après les premiers échouements massifs aux Antilles, la situation, loin de s’arranger, s’aggrave. Les communes ont déployé de gros moyens et l’État a lâché des millions d’euros, sans parvenir à contenir ces tapis bruns qui déferlent sans répit. Au Robert, commune de 21.500 habitants, la lassitude domine. « Les habitants en ont marre des sargasses », résume le maire Félix Mérine. En janvier puis en juillet, des résidents de Pontaléry sont descendus dans la rue pour le faire savoir, d’autant que les mangroves compliquent le ramassage.

Nichée au fond d’une baie, la ville encaisse de plein fouet. Six agents municipaux et une pelle mécanique sont mobilisés pour retirer jusqu’à cinq tonnes d’algues chaque jour. En dix ans, la facture a dépassé les quatre millions d’euros. L’État en rembourse 90 %, mais la commune reste lourdement endettée, et l’invasion des algues a sa part de responsabilité. Plusieurs associations, dont celle de Thierry Lebrun, ont engagé des recours en justice contre les autorités.

Pour coordonner la lutte, un Groupement d’intérêt public dédié a vu le jour en 2023. L’État le finance à hauteur de 80 %, le reste venant de la Collectivité territoriale de Martinique et des trois communautés d’agglomération. Son budget pour 2026 atteint 4,9 millions d’euros, précise son directeur Frédérick Voyer. Une enveloppe qui comprend 2,3 millions pour la collecte en mer et un million pour bâtir des barrages flottants, censés bloquer les algues avant qu’elles ne touchent le rivage.

L’enjeu n’est pas mince. Une fois échouées, les sargasses commencent à fermenter au bout de 48 heures et exposent directement entre 20.000 et 22.000 Martiniquais aux gaz nauséabonds. Quinze kilomètres de barrages existaient déjà avant la création du groupement, qui veut en ajouter dix à douze d’ici deux ans. Mais ces structures flottantes demandent de l’entretien et ont déjà cédé sous la houle ou sous le poids des algues accumulées, comme à la mi-août au Robert. « On bricole à la hauteur de nos moyens », reconnaît le maire.

Le phénomène a aussi changé de rythme. Autrefois concentrés entre février et octobre, les échouements surviennent désormais toute l’année. « Depuis deux ans, il n’y a plus de saisonnalité », observe Lilia Leconte, chargée de mission sargasses au Parc naturel marin de Martinique. Le réchauffement des eaux, qui modifie les courants, pousse même les algues vers des côtes jusqu’ici épargnées.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Du 1er mars au 20 septembre, le groupement a récupéré 13.100 tonnes d’algues en mer, contre 7.000 l’an passé, auxquelles s’ajoutent celles ramassées sur le littoral. Une hausse portée à la fois par des arrivages plus massifs et par des moyens renforcés. Reste la question du stockage. Après quinze ans de collecte, et alors que les pistes de valorisation, engrais ou bioéthanol, se font attendre, les sites communaux frôlent la saturation. À Pontaléry, le dépôt menace de déborder. « La Martinique est toute petite. On n’a pas de terrains vagues assez vastes pour mettre les sargasses », prévient Félix Mérine.

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