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Au Cameroun, les féminicides continuent de grimper et les familles réclament justice

Géraldine Achia, institutrice camerounaise, a été battue à mort à Yaoundé. Son compagnon est le principal suspect, alors que le nombre de féminicides ne…

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Au Cameroun, les féminicides continuent de grimper et les familles réclament justice

Géraldine Achia, institutrice camerounaise, a été battue à mort à Yaoundé. Son compagnon est le principal suspect, alors que le nombre de féminicides ne cesse d’augmenter dans le pays.

Courage Anushuni a 18 ans et il vient de perdre sa mère. Ce jeune homme, fils unique, ne réalise toujours pas. « Perdre ma mère est un cauchemar, le choc est intense. Je n’arrive pas à croire ce qui s’est passé », souffle-t-il, en pleurs. Géraldine Achia, institutrice, a été rouée de coups jusqu’à ce que la mort l’emporte. Son mari a été arrêté quelques jours plus tard, à plus de 300 km de Yaoundé. Il nie avoir tué sa femme. Pour Courage, une seule exigence compte désormais. « Que justice soit rendue. »

Le drame s’est noué après des violences répétées, selon la famille. Au domicile de la sœur aînée de la victime, à Emana, un quartier populaire de Yaoundé, les proches, le visage marqué, préparent les obsèques. Régina Mbatiabuh Ngukum se souvient de son arrivée à l’hôpital, où elle a découvert le corps de sa sœur trentenaire recouvert d’un drap. « J’ai vu son visage défiguré, couvert de marques de coups, la bouche déchirée et la mâchoire brisée », raconte-t-elle, les larmes aux yeux.

Le mari affirme qu’une dispute a éclaté après une sortie, au cours de laquelle Géraldine serait rentrée avec une bouteille de bière à moitié vide à la main. Sa sœur rejette catégoriquement cette version. Géraldine ne sortait pas, insiste-t-elle. À l’hôpital, Régina récupère le téléphone de la victime et tombe sur une série de photos montrant sa sœur le visage couvert de bleus. Le couple s’était rencontré en décembre 2025 et marié traditionnellement en juillet.

Ces drames ne sont pas isolés. Le Cameroun a recensé 50 féminicides en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025. Entre janvier et avril, 50 cas ont été comptabilisés, selon les derniers chiffres officiels du ministère de la Promotion de la femme et de la famille. À l’échelle du continent, la situation est tout aussi préoccupante. D’après l’ONU, l’Afrique affiche le taux de féminicides le plus élevé au monde, avec trois cas pour 100.000 femmes, contre 0,5 en Europe. En Afrique du Sud, neuf femmes ont été tuées dans une série de meurtres qui provoque une vive émotion depuis le 15 juillet.

Ces chiffres suscitent une indignation croissante. Le parti d’opposition MRC a dénoncé dans un communiqué « une passivité coupable » du gouvernement de Paul Biya, 93 ans, au pouvoir depuis près de 44 ans. Human Rights Watch a appelé fin août les autorités camerounaises à agir sans attendre contre les violences basées sur le genre, après plusieurs meurtres de femmes signalés entre le 6 et le 26 août. La footballeuse Ajara Nchout Njoya, star de l’équipe féminine du Cameroun, a dénoncé sur ses réseaux sociaux une « vague tragique » de féminicides. « Être une femme au Cameroun ne devrait jamais être un risque », a-t-elle écrit.

Les explications ne manquent pas. Pour la sénatrice Françoise Puene, engagée depuis des années dans la défense des droits des femmes, la hausse tient à deux facteurs. « Les femmes dénoncent de plus en plus, mais aussi la crise économique. Depuis la Covid-19, les violences ont pris de l’ampleur », analyse-t-elle. Dans son centre, elle dit avoir accompagné plus de 5.000 femmes vers l’indépendance grâce à des programmes de microcrédit et sensibilisé plus de 300.000 personnes aux droits des femmes. « D’après les statistiques, nous constatons un meurtre toutes les dix minutes. C’est grave ! C’est grave ! », lance-t-elle.

La psychiatre Laure Justine Menguene pointe de son côté une société patriarcale et une éducation violente, où l’homme « grandit avec cette idée qu’il est supérieur à la femme ». Viviane Tathi Yende, cofondatrice de l’association Stop Féminicides 237 et présidente de Sourires de femmes, évoque d’autres causes encore. La consommation d’alcool et de drogues, les difficultés économiques, les tensions entre traditions et modernité, et surtout un sentiment d’impunité. « Il y a beaucoup d’impunité et de tabou autour de la répression des auteurs de violences. À chaque fois, on privilégie un arrangement à l’amiable », déplore-t-elle.

Reste la question judiciaire. Martine Ahanda Tana, juge d’instruction à Yaoundé, estime qu’une législation spécifique permettrait d’harmoniser la réponse aux meurtres de femmes dans un contexte de violences conjugales. Le Code pénal camerounais ne reconnaît pas explicitement le terme de féminicide. La justice qualifie ces crimes de meurtre ou d’assassinat, sans référence au genre de la victime. « Tant qu’il n’y a pas de texte spécifique, chaque magistrat va se baser sur les faits qui lui sont présentés et sur le Code pénal », explique-t-elle.

La ministre de la Promotion de la femme et de la famille a annoncé fin août qu’un projet de loi, en préparation depuis plusieurs années, faisait consensus et devait être examiné lors de la session parlementaire de novembre. En attendant, Courage Anushuni doit enterrer sa mère. La justice, c’est le seul mot qu’il a en tête.

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