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Cinq ans de pouvoir taliban, l’Afghanistan fête son indépendance dans un pays sous cloche

Ce samedi, Kaboul sort ses drapeaux pour marquer le cinquième anniversaire du retour des talibans. Mais derrière ce décor, des voix racontent une vie…

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Cinq ans de pouvoir taliban, l'Afghanistan fête son indépendance dans un pays sous cloche

Ce samedi, Kaboul sort ses drapeaux pour marquer le cinquième anniversaire du retour des talibans. Mais derrière ce décor, des voix racontent une vie verrouillée, surtout pour les femmes.

A Kaboul, les rues se sont couvertes de noir et blanc dès l’aube. Motos, voitures et rickshaws défilent avec les emblèmes de l’émirat islamique, et des panneaux célèbrent un 15 août placé sous le signe de la foi, de l’honneur et de l’indépendance. Les autorités ont renforcé la présence militaire. Des soldats sont perchés sur des blindés abandonnés par l’armée américaine lors de son retrait. Pour cette fête, les compétitions sportives seront réservées aux hommes, et aucun grand défilé militaire n’est au programme.

Il y a cinq ans jour pour jour, les talibans entraient dans Kaboul sans coup férir, vingt ans après en avoir été chassés. La chute de la ville avait déclenché des scènes de panique à l’aéroport, où des centaines de personnes tentaient de fuir, certains s’accrochant à des avions en pleine piste. Le 30 août 2021, le dernier soldat américain quittait le sol afghan, refermant la plus longue intervention militaire des États-Unis, ouverte après les attentats du 11 septembre 2001.

Depuis ce jour, le pouvoir taliban répète qu’il a rendu la sécurité à un pays meurtri par des décennies de guerre. Il met en avant une autosuffisance économique, sans accès au circuit bancaire mondial, et compte sur les mines pour se financer. Des routes sortent de terre, des opportunités existent pour les entrepreneurs, assure un étudiant de 20 ans. Mais il reconnaît que la jeunesse manque surtout d’emplois. La croissance annoncée ne profite pas à tout le monde. Le retour de plus de six millions de personnes en provenance d’Iran et du Pakistan, la sécheresse liée au climat et les tensions avec le voisin pakistanais font reculer le niveau de vie. Près de 14 millions d’Afghans sont en situation de faim aiguë. Aucun État ne reconnaît officiellement le gouvernement taliban, mais des canaux se sont ouverts avec plusieurs pays, y compris l’Union européenne sur les questions migratoires.

Autour de cette célébration, le quotidien des habitants est verrouillé. La musique est interdite, les films de fiction aussi. Les fonctionnaires et les étudiants n’ont pas le droit aux smartphones. La barbe est obligatoire pour les hommes, le voile intégral pour les femmes. Les journalistes évoluent dans un espace d’information étranglé. Les Afghanes, elles, sont bannies des parcs, des clubs de sport et de la plupart des postes. L’Afghanistan demeure le seul pays au monde à interdire aux filles l’enseignement secondaire et supérieur. Deux hauts responsables talibans, dont le chef suprême, font l’objet de mandats d’arrêt internationaux pour persécution des femmes.

S., une étudiante de 23 ans, suit des cours en ligne parce que les portes des universités lui sont fermées. Ce samedi, elle restera chez elle, à écouter de la musique interdite. Elle se décrit comme une femme de 500 ans, incapable de mourir, condamnée à vivre dans une tombe. Son récit dit l’écart entre l’image officielle de la célébration et la réalité de la rue. Les drapeaux flottent, mais pour beaucoup, le pays ressemble à une prison à ciel ouvert.

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