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Chloé, la chienne qui sent le cancer avant les médecins

Dans une ferme proche de Bangalore, des chiens apprennent à détecter le cancer dans l’haleine humaine. Leur truffe, décodée par l’intelligence…

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Chloé, la chienne qui sent le cancer avant les médecins

Dans une ferme proche de Bangalore, des chiens apprennent à détecter le cancer dans l’haleine humaine. Leur truffe, décodée par l’intelligence artificielle, ouvre une piste prometteuse pour un dépistage simple et bon marché.

Chloé gambade dans l’herbe comme une chienne ordinaire. Mais quand elle passe au travail, cette croisée labrador de quatre ans change de vie. Équipée d’un casque et d’un harnais couverts de capteurs, elle renifle des échantillons d’haleine prélevés sur des patients. Son objectif est simple à comprendre mais vertigineux à imaginer. Repérer une maladie qui ne s’est pas encore déclarée.

Elle n’est pas seule. Avec quatorze autres chiens, Chloé participe à un programme monté par la microentreprise Dognosis. L’idée repose sur un constat scientifique déjà bien établi. Certaines maladies, comme plusieurs cancers, Parkinson ou le Covid-19, modifient les substances chimiques émises par le corps. Ces changements produisent des odeurs particulières que le nez canin sait percevoir. Mais encore faut-il traduire ce que les chiens ressentent réellement. C’est là que la technologie entre en jeu. Les ingénieurs analysent l’activité cérébrale, la respiration et les gestes des animaux pendant qu’ils sentent un échantillon. Ils transforment ensuite ces réactions en données exploitables.

Le dispositif fait penser à un costume de super-héros, s’amuse Akash Kulgod, cofondateur de Dognosis et diplômé en sciences cognitives de l’université de Berkeley. Les chiens portent un harnais bardé de capteurs qui enregistrent chacun de leurs mouvements. Ils doivent renifler des masques en coton portés par les patients pendant une dizaine de minutes. Leur rapidité impressionne. En une heure, un chien peut passer au crible des milliers d’échantillons, détaille le jeune entrepreneur.

L’enjeu est énorme pour l’Inde. Le gouvernement estime qu’une personne sur neuf, sur une population d’un milliard et demi d’habitants, risque un jour de développer un cancer. Trop de malades ne découvrent leur maladie qu’à un stade avancé. Or une détection précoce change la donne dans certains types de cancers. Dognosis veut donc proposer un premier niveau de dépistage. Pas un diagnostic définitif, mais un test qui écarte ou qui alerte. Les patients suspects seraient ensuite orientés vers des examens plus poussés.

Une étude menée auprès de 1 500 patients et publiée dans une revue médicale reconnue donne des raisons d’y croire. La technique serait fiable à 90 % pour identifier sept cancers différents. Des cancérologues extérieurs au projet saluent une démonstration encourageante tout en restant prudents. Le docteur Santhosh Kumar Devadas réclame une étude plus large avant de tirer des conclusions solides. Son confrère Neelesh Reddy insiste sur la nécessité de tester la méthode sur de vrais malades pendant plusieurs années. Le temps dira si cette approche peut vraiment aider, résume-t-il.

Le test n’est pas encore commercialisable. La start-up poursuit ses essais avec plusieurs hôpitaux publics et bénéficie du soutien d’Accel India, un fonds d’investissement majeur. Les deux fondateurs, Akash Kulgod et Itamar Bitan, visent une mise sur le marché en 2027. Ils seraient alors la troisième société au monde à se lancer sur ce créneau après des entreprises allemande et israélienne. Itamar Bitan connaît bien le travail canin, lui qui a servi dans une unité militaire d’élite en Israël. Avec leur méthode de conditionnement, les chiens apprennent à associer une odeur précise à une friandise offerte par un distributeur automatique.

Le quotidien des animaux est pensé pour préserver leur équilibre. Chaque chien travaille seulement trente à quarante-cinq minutes par jour. Le reste du temps, il vit au grand air. Certains se précipitent vers le distributeur dès qu’ils reconnaissent une odeur. D’autres restent figés ou grattent l’échantillon avec excitation. Peu importe leur style, assure Itamar Bitan. L’important est que la machine qui interprète leurs réactions demeure cohérente. La diversité des comportements ne gêne pas la collecte des données.

Chloé et ses congénères pourraient bien devenir les alliés les plus inattendus de la médecine moderne. Avec leur nez, ils ouvrent une voie que la science commence à peine à explorer. Et dans un pays où le cancer pèse lourd sur le système de santé, chaque avancée compte.

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