Nous rejoindre sur les réseaux

Culture

Angine de Poitrine : les mystérieux chevaliers du rock expérimental qui enflamment l’Europe

Article

le

Entre costumes à pois et musique microtonale, le duo masqué québécois connaît une ascension fulgurante, porté par un bouche-à-oreille viral et des concerts électrisants.

Sur scène, deux silhouettes vêtues de tenues à pois, entre pyjama et costume médiéval, avancent masquées. Leur rock microtonal, à la fois exigeant et hypnotique, a propulsé ces Québécois sous les projecteurs après qu’une vidéo a explosé sur les réseaux. Depuis, les dates se multiplient en Europe, comme au Botanique de Bruxelles, où la salle affichait complet jeudi soir. Dès l’ouverture de la billetterie en ligne, la demande a grimpé en flèche, raconte le programmateur du lieu. Il attribue ce phénomène à une quête d’expériences live inédites, à des sonorités originales et à une identité visuelle forte, portée par le mystère des costumes. Rien ne laissait présager un tel engouement pour cette musique instrumentale, mêlant techno et acid rock, bâtie sur des boucles lancinantes de guitare et de batterie.

L’élément déclencheur fut une session filmée par une radio américaine lors du festival des Trans Musicales à Rennes. Cette performance, où les deux musiciens arborent des masques de carnaval et un univers noir et blanc, a cumulé quinze millions de vues en trois mois. Pour le directeur artistique du festival, ce buzz témoigne d’une appétence pour des propositions musicales hors des sentiers battus. Il y voit l’œuvre de deux musiciens talentueux, influencés par des figures comme Frank Zappa, icône de la contre-culture américaine. Désormais, les deux acolytes, connus sous les pseudonymes de Khn et Klek, refusent toute interview pour préserver leur aura de mystère, à la manière des Daft Punk, mais sans les tubes planétaires. Leur projet a germé dans un centre d’expérimentation musicale au Québec, où une équipe de passionnés soutient des musiques de niche.

En concert, les deux artistes ne prononcent que quelques cris de guerre. Khn, virtuose, joue simultanément de la guitare et de la basse grâce à un instrument à double manche, enchaînant des riffs en boucle avec son pédalier. Sa guitare microtonale lui permet d’explorer des intervalles de notes plus serrés, mêlant un rock parfois nerveux à des motifs orientaux ou celtiques. Derrière sa batterie, Klek frappe frénétiquement, son masque oscillant au rythme de ses envolées. Leur accoutrement les oblige à se déplacer à tâtons pour atteindre leurs instruments, sous une chaleur écrasante en salle. Une partie du public a joué le jeu en arborant des vêtements à pois, comme Clara, une étudiante en mode de vingt-quatre ans, qui salue une fête détonante et des personnages énigmatiques. Parmi les spectateurs, souvent âgés de quarante à cinquante ans et amateurs de rock ou de métal, certains confient avoir découvert le groupe en ligne, d’abord dubitatifs devant cette musique déroutante. Un spectateur de cinquante-neuf ans, chemise à pois, loue un groupe rafraîchissant, incapable d’être généré par une intelligence artificielle.

Reste à savoir si ce succès inattendu, largement porté par la vidéo virale et les costumes, s’inscrira dans la durée. Le directeur artistique des Trans Musicales préfère en rire, jugeant l’aventure géniale en l’état. Après un premier album en 2024, le duo québécois vient de publier un second opus de trente-six minutes, mêlant gimmicks nerveux et transe de fête foraine. Leur musique, qualifiée de déjantée, a déjà séduit des figures du rock comme Dave Grohl, leader des Foo Fighters. Après une tournée européenne, le duo s’apprête à enchaîner une vingtaine de dates aux États-Unis à partir de l’été.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus