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Hongrie, les informateurs du régime communiste sortent de l’ombre

Après des décennies de blocages, la Hongrie ouvre ce mercredi au grand public les archives de sa police politique communiste. Des dizaines de milliers de…

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Hongrie, les informateurs du régime communiste sortent de l'ombre

Après des décennies de blocages, la Hongrie ouvre ce mercredi au grand public les archives de sa police politique communiste. Des dizaines de milliers de noms d’informateurs deviennent consultables, une avancée que les historiens accueillent avec prudence.

Dès ce mercredi matin, un site internet dédié doit mettre en ligne une base de données numérisée et dotée d’un moteur de recherche. On y trouvera les noms et les fiches d’environ 50 000 à 60 000 informateurs du régime communiste. Pour la première fois, le grand public pourra les consulter sans aucune limite.

La Hongrie a vécu de 1949 à 1989 sous le règne du parti unique communiste, qui réprimait toute dissidence. Comme en Allemagne de l’Est et ailleurs dans l’ex-bloc soviétique, les autorités s’appuyaient sur un vaste réseau d’informateurs pour surveiller la population. Beaucoup étaient recrutés sous la contrainte. Leur rôle consistait à signaler le moindre signe de déloyauté parmi leurs collègues, leurs amis, et parfois au sein de leur propre famille.

Les archives d’État estiment que la police secrète a employé 150 000 informateurs en quatre décennies. Les données ne subsistent toutefois que pour environ un tiers d’entre eux. Beaucoup de dossiers sont considérés comme détruits, lors du soulèvement de 1956 ou à la chute du régime.

Depuis la transition démocratique de 1990, les tentatives pour ouvrir pleinement ces archives ont régulièrement échoué. Des voix dénonçaient la réticence du pouvoir, inquiet de voir mises en cause des personnalités politiques toujours en activité. Le tournant vient de Peter Magyar, 45 ans. Ce nouveau venu a mis fin au règne du nationaliste Viktor Orban en promettant un « changement de régime » aux élections d’avril. C’est lui qui a porté la loi adoptée en septembre, ouvrant pour la première fois un accès sans limites au grand public.

Avant le vote, Viktor Orban avait rejeté de nouvelles affirmations selon lesquelles il aurait été informateur de la police politique communiste. Il avait même partagé sur Facebook des documents censés montrer une tentative infructueuse de le recruter durant son service militaire, dans les années 1980. L’histoire n’est pas nouvelle en Hongrie. En 2002, quelques semaines après son accession au pouvoir, le Premier ministre socialiste Peter Medgyessy s’était retrouvé compromis par la révélation de son rôle d’agent de la police politique. Le Parlement avait alors adopté en 2003 une loi permettant aux personnes surveillées d’apprendre qui avait fourni des informations sur elles. Pour le reste, l’accès restait réservé aux chercheurs, avec l’autorisation des archives de la sécurité de l’État.

Une seconde série d’archives offrira davantage de détails sur environ 9 000 des informateurs. Elle ne sera disponible qu’en février, et certaines informations devront être masquées, notamment celles concernant l’orientation sexuelle des personnes.

L’historien Laszlo Eorsi, de la fondation Institut 1956, qui tire son nom du soulèvement de Budapest écrasé par l’armée soviétique, accueille l’ouverture avec un mélange de satisfaction et de vigilance. « Mieux vaut tard que jamais », estime-t-il. Selon lui, le public obtient bien plus d’informations qu’avant sur les personnes recrutées et sur le fonctionnement de l’appareil sécuritaire de l’époque. Il met toutefois en garde contre la tentation de juger quelqu’un sur la seule présence de son nom sur les listes. « Je connais un certain nombre de cas dans lesquels une personne avait été recrutée, mais n’avait pas fourni d’informations et, dans les faits, avait pris un énorme risque en se retournant contre les autorités. Certains devraient être considérés comme des héros », dit-il. Il estime encore que l’ouverture des dossiers pourrait provoquer « un peu d’hystérie dans les mois à venir ».

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