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À Sagada, des feux de pin veillent les morts et appellent au respect

Dans les montagnes du nord des Philippines, une veillée de flammes minuscules honore plus de 2 000 défunts à la Toussaint. Cette tradition séculaire de…

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À Sagada, des feux de pin veillent les morts et appellent au respect

Dans les montagnes du nord des Philippines, une veillée de flammes minuscules honore plus de 2 000 défunts à la Toussaint. Cette tradition séculaire de Sagada cherche aujourd’hui à préserver son recueillement face au tourisme.

À Sagada, dans le nord de Luçon, le cimetière de montagne change de visage à la tombée du jour. Sur quatre hectares, de petits feux de bois de pin s’allument et brûlent toute la nuit. Le brouillard enveloppe la colline, les flammes dessinent un autel à ciel ouvert et un parfum de résine se répand. Cette veillée s’appelle Panag-aapoy, ce qui signifie allumer un feu. Elle se tient à la Toussaint et honore plus de 2 000 défunts. L’Église épiscopale Saint Mary the Virgin, propriétaire du cimetière, perpétue ce rite depuis 122 ans.

Les habitants animistes de la Cordillère n’ont adopté le christianisme qu’après la cession des Philippines par l’Espagne aux États-Unis en 1898. L’évangélisation catholique espagnole avait d’abord touché les populations côtières, quatre siècles plus tôt. À Sagada, des missionnaires protestants américains ont ensuite encouragé les familles à enterrer leurs morts et à déposer des bougies sur les tombes. Le directeur de l’église rappelle que le Christ représente la lumière. Allumer une flamme, avec une bougie ou une bûchette de pin, revient selon lui à accueillir sa présence et à partager une communion avec les proches disparus.

Les premiers chrétiens de Sagada ont choisi le pin pour une raison très concrète. Les bougies coûtaient cher et le vent éteignait leurs flammes. Le bois de pin, riche en sève, brûle plus longtemps et diffuse une odeur aromatique. La responsable du tourisme local compare même cette combustion à l’encens utilisé dans des rituels bouddhistes. Une enseignante de 31 ans est revenue avec son père et un fagot de bâtons de pin de 51 centimètres pour honorer ses grands-parents. Elle veille aussi à allumer quelques bâtons sur les tombes sans visiteurs.

Cette pratique attire de plus en plus de curieux, ce qui provoque des sentiments mitigés chez les participants. Des touristes ont photographié des personnes en pleine cérémonie, une situation jugée gênante. Une participante explique toutefois n’avoir rien contre les inconnus à condition qu’ils respectent les limites. Les habitants n’ont pas toujours enterré leurs morts. Avant l’arrivée des missionnaires, ils suspendaient les cercueils aux parois des falaises ou les coinçaient à l’entrée des grottes. Cette coutume n’a complètement disparu qu’en 2010. Des cercueils suspendus restent visibles près de Sagada. Ces sépultures en hauteur étaient liées au passage de l’esprit vers le royaume des ancêtres et protégeaient les corps des animaux sauvages et des inondations.

Avec le temps, le Panag-aapoy et les cercueils suspendus sont devenus des attractions majeures, au grand désarroi des habitants. L’Église et les autorités locales ont réagi pour protéger ce patrimoine. Les nappes de pique-nique et la photographie ont été interdites. Les visiteurs bruyants, téléphone en main, sont tenus à distance des tombes et invités à garder un silence respectueux. Le ministère du Tourisme a publié un avis pour rappeler que le Panag-aapoy est une tradition culturelle sacrée et non un festival ni un événement touristique. Le directeur de l’église regrette que la solennité se perde et que la cérémonie tourne au spectacle. Un touriste de 46 ans venu de Manille estime que quelques restrictions sont acceptables pour préserver le recueillement. Il trouve le lieu d’une beauté absolument incroyable.

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