Politique
Deux camps rivaux, une même cible, les journalistes
Le Rassemblement national multiplie les plaintes contre des médias tandis que Jean-Luc Mélenchon attaque la presse à coups de déclarations et de messages…

Le Rassemblement national multiplie les plaintes contre des médias tandis que Jean-Luc Mélenchon attaque la presse à coups de déclarations et de messages sur les réseaux. Dans les deux cas, les journalistes deviennent l’adversaire désigné d’une campagne présidentielle déjà tendue.
Le Rassemblement national et Jean-Luc Mélenchon appartiennent à deux camps que tout oppose, souvent présentés comme qualifiables pour le second tour de la présidentielle. Pourtant, ils ont choisi de frapper au même endroit. La presse. Le parti d’extrême droite a annoncé une troisième plainte en diffamation contre des médias, après avoir dénoncé une « manoeuvre de désinformation » à la suite d’une information erronée d’un quotidien. Ce dernier avait affirmé que des tracts du parti avaient été retrouvés dans la voiture de l’auteur de l’attaque de Trappes, avant de se corriger après la mise au point du parquet. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont réclamé des « excuses publiques » et dénoncé une attaque contre leur campagne.
Au moins une plainte a bien été déposée. Elle vise un site d’investigation qui a publié des écrits antisémites dont le président du RN conteste être l’auteur. Une autre a été promise contre un hebdomadaire satirique, qui affirme que Jordan Bardella a effacé les données d’un de ses réseaux sociaux après ces révélations. Le climat s’est durci au point que des dirigeants du parti ont évoqué une « guerre totale » et suggéré à un site d’investigation d’enfiler un « costard en Kevlar ». La base n’est pas en reste. À Orléans, pendant un congrès et un meeting de la candidate, des journalistes d’un site d’investigation ont été chahutés à deux reprises puis sortis sans ménagement. Marine Le Pen a pourtant voulu rassurer la presse. « Je vous adore. On va vous garder, aussi critiques que vous soyez, et parfois de mauvaise foi », a-t-elle ironisé, manière de minimiser une défiance qu’elle n’est pas la seule à cultiver parmi les prétendants à l’Élysée.
À l’autre bout de l’échiquier, Jean-Luc Mélenchon entretient une relation orageuse avec les médias. Le leader Insoumis s’en prend régulièrement à la parole médiatique officielle sur X, où il est suivi par plus de deux millions de personnes, et parfois directement aux journalistes dont les articles lui déplaisent. Il a aussi intimé à une chaîne d’information de cesser de laisser passer des remarques racistes, alors qu’un de ses journalistes l’interrogeait en direct pendant une manifestation à Paris. Après l’attaque raciste de Trappes, les Insoumis, comme d’autres responsables de gauche, pointent l’extrême droite et des médias, dont ceux d’un grand groupe et pas uniquement, accusés de relayer des théories racistes sur leurs plateaux.
Lors d’une cérémonie à La Courneuve en hommage aux victimes, le maire LFI Aly Diouara a désigné les médias comme porteurs d’une responsabilité dans le drame. « Ils déroulent le tapis rouge aux discours les plus haineux, les mettent en scène, les banalisent et trop souvent ne les contredisent plus », a-t-il asséné. Les Insoumis reprochent également aux chaînes de télévision d’avoir trop couvert les débordements en marge de mobilisations sociales récentes, notamment lycéennes, au détriment des revendications des manifestants. Le coordinateur national de LFI Manuel Bompard résume le malaise. « Les gens en ont assez du traitement anxiogène et spectaculaire des chaînes d’information. La parole médiatique officielle est délégitimée », dit-il.
Sur X, Jean-Luc Mélenchon a lancé « Éteignez les télés! Faites-vous votre opinion sans tuteur. Voyagez dans les réseaux sociaux ». Et ce même si les réseaux sociaux sont reconnus comme un foyer de fausses informations. Manuel Bompard assume la nuance. « Il y a certes de la désinformation et des biais algorithmiques, mais aussi la possibilité de chercher d’autres contenus qu’on ne voit pas dans les médias traditionnels », défend-il. Le mouvement a aussi organisé des conférences de presse réservées aux « nouveaux médias numériques », surtout des influenceurs de gauche actifs sur les réseaux. Une façon de parler à une autre audience, hors des rédactions traditionnelles.
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