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Le bloc opposé à Netanyahu passe devant, les listes arabes en arbitres du scrutin
Les premières estimations placent le camp conduit par Gadi Eisenkot devant la coalition sortante, sans majorité nette. Les deux listes arabes…

Les premières estimations placent le camp conduit par Gadi Eisenkot devant la coalition sortante, sans majorité nette. Les deux listes arabes israéliennes, créditées d’un score inédit, se retrouvent en position d’arbitres.
Les projections à la sortie des urnes dessinent un paysage politique retourné. Le bloc du changement emmené par Gadi Eisenkot obtiendrait 52 à 53 sièges sur les 120 de la Knesset, contre 50 pour la coalition sortante de Benjamin Netanyahu. Aucun camp n’atteint les 61 sièges nécessaires pour gouverner, ce qui ouvre une phase de marchandages serrés entre formations. La commission électorale doit livrer ses chiffres au compte-gouttes, et le décompte final pourrait s’étaler sur plusieurs jours.
Le Likoud reste pourtant la première force du pays avec 24 ou 25 sièges, juste devant le parti Yashar de Gadi Eisenkot. Autrement dit, Benjamin Netanyahu conserve la main sur la formation la plus fournie de l’assemblée, même si son camp échoue à réunir une majorité. Un paradoxe qui pèsera lourd dans les négociations à venir.
Le vrai basculement vient de la minorité arabe israélienne, environ 20 % de la population, qui se dit discriminée comme jamais. Les deux listes arabes décrocheraient 17 à 18 sièges, un niveau inédit. À Oum al-Fahm, Asia Egbaria, étudiante en droit de 23 ans, résume l’état d’esprit après son vote. « Je veux du changement », dit-elle. « Je ne veux plus être traitée comme une citoyenne de deuxième ou de troisième classe. Je veux juste vivre en paix et sereinement. »
Benjamin Netanyahu a justement concentré ses attaques sur cette minorité. Il a accusé le parti Raam de vouloir « voler l’élection » après l’arrestation de trois hommes porteurs d’enveloppes remplies d’argent liquide. Les autorités électorales ont parlé d’un « cas isolé ». Gadi Eisenkot y a vu une façon de « préparer le terrain » à une contestation des résultats. Le chef de Raam, Mansour Abbas, a dénoncé des « mensonges » destinés à mobiliser l’électorat de droite.
Le souvenir du 7 octobre 2023 a pesé sur toute la campagne. Gadi Eisenkot reproche au Premier ministre d’avoir failli sur la sécurité et promet une commission d’enquête indépendante s’il accède au pouvoir. Benjamin Netanyahu, lui, a défendu son bilan en affirmant avoir affaibli les ennemis du pays par plusieurs guerres, dont celle qui a laissé Gaza en ruines. Il a promis de « finir le travail » en Iran et s’est appuyé sur le soutien affiché de Donald Trump. Ce scrutin se tient aussi sous des critiques internationales de plus en plus vives sur la conduite de la guerre à Gaza, les violences et l’extension des colonies en Cisjordanie occupée, menées par le gouvernement le plus à droite de l’histoire du pays.
Pour les adversaires de la coalition sortante, l’enjeu dépasse largement les sièges. Ils parlent d’un vote décisif pour sauver la démocratie israélienne, rappelant que Benjamin Netanyahu, jugé pour corruption, s’en est pris sans relâche au pouvoir judiciaire. Gadi Eisenkot a mené une campagne plus discrète, jouant la sobriété et le sérieux, avec la promesse de « rassembler à nouveau tous les Israéliens ».
La mobilisation a pris une ampleur rare. Des dizaines de milliers d’expatriés sont rentrés pour glisser un bulletin, à l’image d’Eilana Zisblit, 55 ans, installée au Canada depuis près de trente ans. « Le pays va dans une mauvaise, une très mauvaise direction », confie-t-elle devant un bureau de vote de son quartier d’enfance à Jérusalem. « J’ai le sentiment que c’est maintenant ou jamais, sinon le pays risque vraiment de ne pas survivre. »
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