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Un juge de Bobigny ciblé par une nouvelle vague de haine, le parquet de Paris ouvre l’enquête

Le parquet de Paris veut identifier ceux qui s’acharnent sur Youssef Badr, magistrat au tribunal de Bobigny. Tout est parti d’un numéro du magazine…

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Un juge de Bobigny ciblé par une nouvelle vague de haine, le parquet de Paris ouvre l'enquête

Le parquet de Paris veut identifier ceux qui s’acharnent sur Youssef Badr, magistrat au tribunal de Bobigny. Tout est parti d’un numéro du magazine d’extrême droite Frontières, qui l’accuse de partialité.

Le parquet de Paris a décidé de passer à l’action. Une enquête a été ouverte pour retrouver les auteurs d’une nouvelle vague de cyberharcèlement visant Youssef Badr, juge au tribunal de Bobigny. Le point de départ se trouve dans les pages d’un numéro de Frontières, un magazine d’extrême droite qui vient de consacrer 24 pages à ce magistrat, en lui reprochant un parti pris politique. Des tweets et des entretiens anciens du juge y sont exhumés, présentés comme de nature à questionner son impartialité.

Pour nourrir les investigations, le Pôle national de lutte contre la haine en ligne a transmis à l’Office central de lutte contre les crimes de haine une sélection de propos susceptibles d’être qualifiés de discriminatoires. C’est cet office qui pilote les recherches. Le délit de harcèlement en ligne repose sur une idée simple. Des propos ou des comportements qui se répètent, et qui finissent par dégrader les conditions de vie de la personne visée. Dans ce dossier, le parquet soupçonne un acharnement fondé sur la race, l’ethnie, la nation ou encore la religion. L’enquête porte aussi sur des menaces de mort et sur des atteintes dangereuses aux biens, dirigées contre un dépositaire de l’autorité publique, ici un magistrat.

Ce n’est pas la première fois que Youssef Badr se retrouve dans le viseur. En juin, il avait déjà essuyé insultes et menaces, après qu’un tribunal qu’il présidait a condamné Erik Tegnér, directeur de la rédaction de Frontières, à six mois de prison avec sursis. Ce qui lui était reproché, la divulgation de données personnelles d’avocats spécialisés en droit des étrangers. Erik Tegnér a fait appel et a dénoncé « une totale dinguerie », appelant dans la foulée ses abonnés sur X à se mobiliser. Le garde des Sceaux Gérald Darmanin avait alors apporté son soutien au juge. Cette semaine, la mécanique se répète, avec un numéro entier cette fois.

Derrière le nom de Youssef Badr, il y a aussi un parcours et un engagement. Il a fondé La Courte Échelle, une association qui ouvre les portes des métiers du droit à des étudiants venus de milieux modestes et de quartiers populaires. Il défend une justice qui recrute plus largement, dans toutes les couches de la société, et a signé un essai intitulé « Pour une justice aux 1.000 visages ». Autant de prises de position publiques que le magazine retourne aujourd’hui contre lui.

Frontières, de son côté, appartient à la galaxie médiatique gravitant autour du milliardaire Vincent Bolloré, depuis l’entrée de Lagardère News à son capital en septembre. Son directeur de la rédaction balaie toute responsabilité. Pour lui, une enquête judiciaire ne met jamais personne en danger, et aucun propos publié n’appelle à la haine. Il voit même dans l’idée que son magazine aurait attaqué le juge une manière de détourner la liberté de la presse.

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