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Quand l’énergie flambe, l’assiette des plus modestes se vide

Les coûts de l’énergie dérapent et entraînent dans leur sillage les prix des denrées agricoles. Dans les pays en développement, cette inflation menace…

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Quand l'énergie flambe, l'assiette des plus modestes se vide

Les coûts de l’énergie dérapent et entraînent dans leur sillage les prix des denrées agricoles. Dans les pays en développement, cette inflation menace l’accès à une alimentation saine pour des millions de foyers.

Les productions agricoles ont vu leurs cours bondir de 13 % sur le troisième trimestre, et la courbe ne faiblit pas. À l’origine de cette poussée, l’envolée des hydrocarbures, alimentée par le conflit au Proche-Orient. Depuis le printemps, elle renchérit deux postes vitaux pour le monde agricole, les engrais et les carburants, et fait grimper dans son sillage les coûts de production comme de transport.

Le FIDA, l’agence des Nations unies dédiée au développement agricole, le dit sans détour. Au cours des six à neuf prochains mois, l’inflation alimentaire va frapper de plein fouet les populations les moins armées pour l’absorber. Le tableau est déjà sombre. Près d’une personne sur trois, à l’échelle mondiale, n’a pas les moyens de s’offrir une alimentation saine. Les produits qui comptent pour la santé, légumineuses, légumes ou viande, coûtent de plus en plus cher et pèsent lourdement sur ce que les ménages peuvent réellement mettre dans leur assiette. L’insécurité alimentaire concerne aujourd’hui quelque 260 millions de personnes sur la planète.

Dans les pays en développement, la nourriture engloutit une part importante du budget familial. Chaque hausse de prix s’y ressent donc immédiatement. Et ceux qui encaissent le plus durement sont les petits exploitants. Ils assurent un tiers de la production alimentaire mondiale, et jusqu’à 70 % dans de nombreux pays du Sud. Ces cultivateurs dépendent fortement des engrais, dont un petit agriculteur d’Asie du Sud-Est consomme environ 200 kilos par an. Des intrants plus chers, ce sont des rendements en berne et, au bout du compte, des prix qui continuent de grimper.

Face à l’urgence, les gouvernements ont peu de leviers. Ils peuvent subventionner les engrais ou le carburant, mais seulement dans la limite de leur budget. Les pays du G7 se sont de leur côté engagés à mobiliser 2,5 milliards de dollars pour venir en aide aux pays menacés par l’insécurité alimentaire, avec un accent mis sur les engrais. Une bouffée d’air. Car d’autres menaces s’empilent.

Le phénomène climatique El Niño complique encore la donne et met en danger les récoltes en Afrique, en Asie et en Amérique latine. En Amérique centrale, des pertes de maïs et de haricots sont déjà constatées, notamment au Salvador et au Honduras. En Inde, la mousson se montre irrégulière et l’eau disponible reste bien en dessous des niveaux habituels, alors que près de la moitié des terres cultivées du pays dépendent des précipitations. Les Philippines, l’Indonésie et l’Afrique du Sud figurent aussi parmi les pays les plus exposés aux chutes de rendement. Sur le court terme, les possibilités d’adaptation restent souvent minces, car les cycles des cultures sont fixes et trouver des approvisionnements de rechange coûte cher ou s’avère difficile.

Pour amortir le choc, le FMI plaide pour des transferts ciblés vers les ménages fragiles et des programmes d’alimentation scolaire. Le FIDA, qui agit comme une banque de développement dans environ 90 pays, appelle de son côté à investir en se projetant sur trois à cinq ans pour rendre les systèmes alimentaires plus résilients et plus autonomes, en misant sur l’irrigation, le stockage, les unités de transformation locales et l’accès aux marchés de proximité. L’agriculture est un vrai business, souligne l’institution, et il repose sur la santé des sols et la disponibilité en eau, deux ressources malmenées par le dérèglement climatique.

Reste un paradoxe tenace. Moins de 1 % des financements mondiaux consacrés au climat va aux petits agriculteurs. Or c’est précisément là qu’il faudrait placer l’argent, selon le FIDA, pour l’irrigation de précision, des semences capables de résister à la sécheresse ou la préservation des mangroves, ces remparts naturels qui protègent les cultures du littoral. Sans ces investissements, la facture énergétique continuera de se répercuter jusqu’au fond des assiettes les plus modestes.

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