Nous rejoindre sur les réseaux

Planète

En Turquie, le sable qui chauffe fait naître des tortues presque toutes femelles

Sur la côte méditerranéenne turque, des milliers de bébés tortues caouannes quittent chaque nuit leur nid pour rejoindre la mer. Mais le réchauffement du…

Article

le

En Turquie, le sable qui chauffe fait naître des tortues presque toutes femelles

Sur la côte méditerranéenne turque, des milliers de bébés tortues caouannes quittent chaque nuit leur nid pour rejoindre la mer. Mais le réchauffement du sable bouleverse l’équilibre entre mâles et femelles et pourrait compromettre leur reproduction.

La plage d’Iztuzu change de visage à la tombée du jour. Le jour, c’est une étendue touristique de quatre kilomètres. La nuit, elle se transforme en sanctuaire. Le biologiste marin Yakup Kaska et ses bénévoles y montent la garde jusqu’à l’aube, surveillant les nids enfouis dans le sable que des cages pyramidales protègent des renards. Sous la lune, les nouveau-nés percent la surface et filent vers les vagues. Chaque saison, environ 30 000 petites caouannes s’élancent ainsi depuis les centaines de nids de la plage.

Cette espèce est justement la vedette de la COP31, la conférence des Nations unies sur le climat que la Turquie organise du 9 au 20 novembre à Antalya, sur la côte. La protection des écosystèmes marins figure parmi les priorités affichées de ce sommet.

Pour les scientifiques, ces reptiles valent bien plus qu’un emblème. « Les tortues marines nous fournissent un système d’alerte très rapide », résume Ayfer Sirin, maîtresse de conférences en écologie à l’université d’Uskudar, qui a beaucoup travaillé sur la caouanne. À la lisière de la terre et de la mer, l’animal encaisse de plein fouet les transformations des milieux côtiers et marins. La température du sable décide ainsi du sexe des petits, les zones les plus chaudes donnant davantage de femelles. Une étude doctorale de cinq ans menée à l’université de Pamukkale a établi le lien entre réchauffement, pontes plus précoces, incubation raccourcie et proportion de femelles grimpant à 70 % chez les nouveau-nés de la plage de Patara. À Iztuzu, la température des nids a pris près d’un degré en vingt ans, selon Yakup Kaska, qui cite des analyses plus larges où les femelles atteignent 80 à 90 % des naissances dans de nombreuses populations de tortues marines. Au-delà de 30 °C, la chaleur augmente aussi le risque de mortalité des embryons, prévient Ayfer Sirin. Et si les mâles se raréfient trop, la reproduction pourrait vaciller.

Classée « vulnérable » à l’échelle mondiale, la caouanne va mieux en Méditerranée, où les efforts de conservation lui valent le statut de « préoccupation mineure ». Le climat lui impose toutefois de nouvelles pressions. Les femelles reviennent normalement pondre, des décennies après leur naissance, sur la plage qui les a vues éclore. Certaines gagnent désormais des rivages plus au nord, longtemps désertés par l’espèce, observe Yakup Kaska. Ces voyages rappellent une évidence. Les tortues nichent parfois en Turquie et se nourrissent en Tunisie ou dans l’Adriatique, ce qui rend la coopération entre pays indispensable. Le président de la COP31, Murat Kurum, ministre turc de l’Environnement, a plaidé en ce sens lors d’une conférence sur les océans et les mers le mois dernier, appelant chaque partie à traduire les promesses en actes audacieux et concrets pour restaurer les écosystèmes et renforcer leur résilience.

Une fois dans l’eau, les jeunes tortues découvrent d’autres périls. Filets de pêche, hélices de bateaux, déchets plastiques. À quelques pas d’Iztuzu, le centre Dekamer recueille les blessées et les soigne dans de grands bassins, souvent après une collision avec un bateau. D’après Yakup Kaska, 60 % des tortues accueillies ont au moins cinq morceaux de plastique dans le système digestif. Sa formule claque comme un avertissement. « Jeter un sac en plastique à la mer, c’est comme tirer une balle sur les tortues. »

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus