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Des feux qui asphyxient tout un voisinage

Les incendies qui brûlent l’Indonésie depuis trois mois ne se contentent pas de ravager ses forêts. Leurs fumées plongent une partie de l’Asie du Sud-Est…

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Des feux qui asphyxient tout un voisinage

Les incendies qui brûlent l’Indonésie depuis trois mois ne se contentent pas de ravager ses forêts. Leurs fumées plongent une partie de l’Asie du Sud-Est dans un brouillard toxique et font grimper la tension entre Jakarta et ses voisins.

Depuis trois mois, des incendies font rage dans plusieurs régions d’Indonésie. Le phénomène n’a rien d’inédit pendant la saison sèche, qui court habituellement d’avril à octobre, mais il a pris cette année une ampleur rare sous l’effet du puissant El Niño. Des centaines de milliers d’hectares sont partis en fumée. La brume qui s’en échappe a provoqué de graves pics de pollution en Malaisie, à Singapour, aux Philippines et au Timor oriental. Dans plusieurs de ces pays, les écoles ont dû fermer leurs portes, et des masques ont été distribués à la population.

En Malaisie, la patience a largement cédé la place à l’exaspération. Un député, Syed Saddiq Syed Abdul Rahman, a réclamé cette semaine que les responsables de ces feux soient traités comme les parias de la région. Sa collègue Syerleena Abdul Rashid résume le sentiment général en demandant pourquoi les Malaisiens devraient continuer à payer le prix d’actions irresponsables commises au-delà de leurs frontières, alors que les deux pays sont des voisins proches. Elle appelle Jakarta à plus de transparence, à une application plus stricte de la loi contre les entreprises responsables d’incendies illégaux et à une coopération renforcée.

Le désarroi se lit aussi chez les visiteurs. Aux grottes de Batu, sanctuaire hindou très fréquenté situé à une quinzaine de kilomètres au nord de Kuala Lumpur, le panorama a disparu derrière l’écran de fumée. On ne voit rien, constate le guide Diddy Hamidon, pour qui le gouvernement indonésien doit faire ce qu’il faut. Employés comme touristes patientent dans une ambiance de plus en plus pesante.

Côté indonésien, le président Prabowo Subianto a ordonné lundi à son gouvernement de mobiliser tous les moyens disponibles pour combattre les flammes. La Malaisie, qui a fermé des écoles à cause des fumées, avait proposé son aide à son voisin. Cette main tendue n’a été acceptée que mercredi. Le ministre malaisien des Affaires étrangères a précisé que la forme de cette coopération dépendrait de l’issue des discussions, en soulignant que les autorités des deux pays se penchaient pour la première fois ensemble sur les moyens de lutter contre un brouillard qui semble s’aggraver.

Cette crise n’est pas la première liée aux incendies indonésiens, et le cadre régional montre vite ses limites. En 2002, les membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est ont signé un accord sur la pollution transfrontalière due à la brume sèche. Le texte est juridiquement contraignant, mais aucun mécanisme n’est prévu pour le faire appliquer. Les tentatives de Singapour pour engager la responsabilité juridique d’entreprises liées aux feux ont ainsi échoué. Kuala Lumpur a demandé la convocation d’une réunion d’urgence de l’Asean, et les Philippines, qui accueillent le sommet annuel le mois prochain, ont confirmé que la question serait à l’ordre du jour. Pour le député Hassan Abdul Karim, les pays membres sont tout à fait disposés à aider, à condition que l’Indonésie accepte de mettre de côté son ego démesuré et sa fierté.

Une sortie a encore envenimé le climat ce week-end. Le directeur de l’agence de communication de Jakarta, Syahganda Nainggolan, a affirmé dans une vidéo devenue virale que son pays n’exportait pas seulement de la fumée, ajoutant que l’oxygène de Singapour et de la Malaisie provient également des forêts indonésiennes. La déclaration a déclenché de vives protestations. Syerleena Abdul Rashid l’a jugée totalement déplacée et a réclamé que les entreprises impliquées dans les incendies répondent de leurs actes, qu’elles soient indonésiennes, malaisiennes ou singapouriennes.

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