Société
Un mois de colère dans les lycées, et rien n’est réglé
Un mois après le début du mouvement, les lycéens s’apprêtent à défiler samedi aux côtés d’autres colères, avant de mettre les vacances à profit pour…


Un mois après le début du mouvement, les lycéens s’apprêtent à défiler samedi aux côtés d’autres colères, avant de mettre les vacances à profit pour affûter leurs revendications. Le gouvernement, lui, martèle que la mobilisation s’éteint.
Le rendez-vous est fixé à samedi. Né il y a plusieurs semaines autour du pouvoir d’achat, le « 17 octobre » doit voir les organisations lycéennes marcher aux côtés d’anciens gilets jaunes, d’agriculteurs, de chauffeurs de VTC et de militants du climat. « Nous allons continuer cette mobilisation et rejoindre les autres organisations », a prévenu Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne, qui décrit une jeunesse « maltraitée » et « réprimée ». Cette alliance en dit long sur l’état d’esprit d’un mouvement qui, un mois après ses débuts, refuse de se laisser enfermer dans le seul cadre scolaire.
Le chemin parcouru est déjà long. Tout part le 17 septembre, dans un lycée de banlieue parisienne. Les premières actions restent locales. Fin septembre, l’Union syndicale lycéenne appelle au blocage partout en France et les organisations étudiantes embarquent à leur tour. Le mouvement change alors d’échelle, mais aussi de ton. L’« acte III », le 6 octobre, rassemble entre 266 000 et 450 000 personnes. L’« acte V », le 13 octobre, entre 161 500 et 480 000.
Les comptages officiels racontent une tout autre histoire. Le ministère de l’Éducation nationale évalue à 4 % en moyenne la part des établissements fermés, et ne communique plus depuis le début de la semaine sur le nombre d’établissements perturbés. Dans l’enseignement supérieur, le gouvernement évoquait mardi des perturbations dans environ 35 % des établissements, quand l’Union étudiante assurait que 90 % des universités étaient bloquées ou fermées. Deux réalités qui ne se recoupent pas, et qui laissent le débat ouvert sur l’ampleur réelle du phénomène à la veille des vacances de la Toussaint.
La mobilisation a aussi viré à l’affrontement. Un mineur a eu la main arrachée à Lens, un autre a perdu un œil à Tours. Côté matériel, 37 établissements ont été partiellement incendiés depuis le lancement du mouvement et 165 personnels ont été blessés. Près de 900 policiers et gendarmes ont également été touchés, tout comme plus de 200 lycéens. Trente-six enquêtes ont été ouvertes, dont quatre portent sur des « blessures mutilantes » et six sur des « blessures significatives ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu a résumé la situation jeudi en parlant d’un « mouvement de violences urbaines ».
Sur le fond, les motifs de colère n’ont pas bougé. Il y a d’abord les conditions d’enseignement, avec des bâtiments jugés insalubres, des emplois du temps surchargés et un manque criant de professeurs. Il y a ensuite Parcoursup, la plateforme d’orientation post-bac, perçue comme une source de stress, trop sélective et pas assez transparente. Certains réclament purement et simplement sa suppression, d’autres une refonte en profondeur. Rejoints par les étudiants, les manifestants portent une demande plus large encore, celle d’un investissement massif de 10 milliards d’euros.
En face, l’exécutif avance des gestes concrets. Le redéploiement de 3 000 enseignants remplaçants a été annoncé, complété par des contractuels dont quelque 2 000 ont déjà été affectés. Le nombre d’établissements confrontés à de graves pénuries d’enseignants est ainsi passé de 114 à 41 en une semaine. Sur Parcoursup, le gouvernement se dit prêt à faire évoluer le dispositif et à renforcer l’accompagnement à l’orientation, tout en excluant sa suppression. Des mesures doivent être détaillées fin octobre. Une plateforme en ligne a par ailleurs été ouverte pour recueillir les doléances des lycéens. Elle avait récolté près de 100 000 contributions jeudi, un chiffre accueilli avec beaucoup de scepticisme chez les élèves mobilisés.
Reste la question de la reprise. Les vacances doivent servir à reprendre son souffle et à préciser les priorités. « Ces vacances, c’est un moyen de recentrer nos dynamiques, recentrer nos revendications », explique Lydia Hamadene, responsable de l’Union syndicale lycéenne en Île-de-France. Même son de cloche chez Louis Létoublon, vice-président de l’association Les Lycéens !, pour qui cette pause permettra de « reprendre des forces, de continuer à réfléchir, de travailler sur nos revendications ». Il appelle déjà à se mobiliser dès la rentrée, le lundi 2 novembre, puis à rejoindre la journée d’action du 5 novembre lancée par les syndicats professionnels. Les lycéens comptent aussi sur les étudiants, qui ne seront pas en vacances la semaine prochaine, mais la suivante. Sans certitude aucune, beaucoup d’entre eux devant plancher sur leurs partiels dans les jours qui viennent.
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