Politique
À Gergovie, Mélenchon va chercher dans l’Histoire de quoi nourrir sa campagne
Le tribun insoumis a gravi une nouvelle fois le plateau auvergnat où les Gaulois ont fait plier Jules César en 52 avant notre ère. Un pèlerinage personnel…

Le tribun insoumis a gravi une nouvelle fois le plateau auvergnat où les Gaulois ont fait plier Jules César en 52 avant notre ère. Un pèlerinage personnel qui lui sert surtout à illustrer sa fameuse guerre de mouvement.
Il connaît les lieux par cœur. Samedi, Jean-Luc Mélenchon a posé une troisième fois ses pas sur le plateau de Gergovie, perché à 750 mètres d’altitude, avec une vue qui porte à 200 kilomètres à la ronde. C’est ici que les Gaulois ont infligé à Jules César sa toute première défaite militaire, en 52 avant notre ère. Un site que le leader insoumis arpente comme on retourne dans un endroit familier, sous la fraîcheur de l’automne, en discutant avec un responsable du musée archéologique du coin. Pour lui, ce n’est presque plus une visite, c’est un rituel.
Et le candidat à la présidentielle, qui en est à sa quatrième tentative, en a tiré une leçon bien à lui. Ce qui l’intéresse, dit-il, c’est la guerre de mouvement. Comprendre que le but n’est pas de tenir une position mais de faire bouger l’adversaire, de le fatiguer, de l’obliger à courir. « Il ne faut jamais oublier qui on est », glisse-t-il. Et d’ajouter, comme une règle de conduite pour son propre camp, qu’il ne faut pas que le mouvement se disloque. Depuis dix ans, le fondateur de La France insoumise répète que sa formation ne doit surtout pas s’enliser dans une guerre de position. Sa méthode, c’est d’imposer vite ses thèmes et de dicter le tempo. Un peu comme César déployait ses troupes rapidement pour surprendre l’ennemi.
Mais à Gergovie, justement, les Romains ont commis une faute. Ils ont lancé leurs légionnaires à pied à l’assaut du plateau, alourdis par leurs cottes de mailles, et les soldats se sont épuisés dans la montée. De quoi faire sourire l’ancien sénateur socialiste, qui y voit une comparaison avec la primaire de la gauche, dont le premier tour se tenait ce week-end. « C’est pire qu’une primaire », lance-t-il, un brin moqueur. Il refuse d’ailleurs de s’y intéresser de près, avec une formule qui résume sa stratégie. Il ne faut pas aller sur le terrain de l’adversaire, rappelle-t-il, plus sérieux.
Alors, Gaulois ou Romain ? Lui-même avoue ne pas trancher. Sur le plan militaire, il l’admet sans détour, il admire davantage les Romains, qu’il juge mieux organisés que des Gaulois plus désordonnés. Il s’attarde même devant une formation qui lui parle, celle de la tortue, quand chaque soldat protège son voisin. La tortue, animal totem de Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement, connue pour resserrer les rangs au moment d’affronter les polémiques. Et pourtant, dix ans après la bataille, rappelle-t-il, les Gaulois d’ici étaient romanisés comme personne. Une façon de revenir sur l’idée de « créolisation gauloise » qu’il avait développée lors d’un précédent passage à Gergovie à l’automne 2022.
Le déplacement avait aussi une autre fonction, plus politique. Accompagné de la députée de Clermont-Ferrand Marianne Maximi, il doit tenir un meeting dans la ville ce dimanche. Et face aux caméras, il offre une image différente de son style habituel, plus calme, plus apaisée, ancrée dans un patrimoine bien français, loin du bruit et de la fureur. « Je viens ici parce que le spectacle est magnifique, il y a des lieux comme ça qui vous envahissent », confie-t-il, précisant que sa dernière visite l’avait habité pendant un mois. « Ça nous inspire de montrer comment ce pays est beau. » Il en profite pour tracer un parallèle avec l’une de ses figures de référence, François Mitterrand, dont il fut ministre et dont il a repris le surnom. L’ancien président grimpait chaque année à la Roche de Solutré, un rendez-vous qu’il a tenu près de cinquante ans. « C’est plus rustique », sourit-il.
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