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Le maire de Saint-Denis devenu le visage de la colère lycéenne

Bally Bagayoko, 53 ans, dirige la ville de Saint-Denis et s’impose comme une figure montante de La France insoumise. Depuis mi-septembre, cet ancien…

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Le maire de Saint-Denis devenu le visage de la colère lycéenne

Bally Bagayoko, 53 ans, dirige la ville de Saint-Denis et s’impose comme une figure montante de La France insoumise. Depuis mi-septembre, cet ancien éducateur se retrouve sous les projecteurs pour avoir pris fait et cause pour les lycéens en grève.

Depuis le début du mouvement lycéen, son nom circule sur les chaînes d’information du monde entier. Jeudi, place de la Bastille à Paris, des jeunes manifestants ont repris son prénom en chœur, scandant « Bally, Bally » pendant qu’il posait pour des selfies. Devant les caméras, il a réclamé que le président présente ses excuses aux familles dont les enfants ont été blessés par les forces de l’ordre depuis le lancement de la mobilisation.

Ce qui a vraiment marqué les esprits, ce sont deux scènes captées à quelques heures d’intervalle. En costume-cravate, l’élu a d’abord recadré des jeunes qui lançaient des projectiles devant le lycée Paul-Éluard, dans sa ville, tentant même d’arrêter ceux qui faisaient tanguer une voiture. Puis, à Paris, il s’est planté entre des manifestants et les forces de l’ordre, hurlant « Arrêtez! Reculez! Arrêtez de pousser! ». Des images vues partout. Un conseiller influent du président russe a repartagé l’une de ses interventions, le présentant comme le « Robespierre de la Révolution française 2.0 ». Le basketteur star Victor Wembanyama lui a aussi adressé un message d’encouragement sur X, auquel le maire a répondu en le félicitant pour son soutien au mouvement.

Dans sa ville, l’effet est bien réel. « Il vient de quartiers comme nous, il nous comprend, il nous défend », confie Jules, élève à Paul-Éluard, le lycée où Bally Bagayoko a lui-même été scolarisé. « Il sait comment est la police, il a connu ce genre de choses », glisse le jeune homme, persuadé que les forces de l’ordre « cherchent juste à provoquer pour qu’on réagisse ». Diane, une élève plus discrète, résume le sentiment général. « Pour moi, il est très courageux. Ça m’inspire beaucoup, il n’y a pas que la jeunesse qui est avec nous. »

L’enthousiasme n’efface pas la controverse. La semaine dernière, devant des lycéens grévistes, il a lâché que « la violence, à un moment donné, peut être légitime », avant de nuancer en expliquant que chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux. La phrase a mis le feu. Le préfet de police de Paris a saisi la justice pour des faits présumés de provocation à commettre un délit. Une procédure que l’élu juge « complètement désavouée ». Le maire de Nice Eric Ciotti, allié du Rassemblement national, a réclamé purement et simplement sa révocation.

Lui insiste sur son cap. Ancien entraîneur de basket et éducateur ayant grandi en cité HLM, il voit dans le combat des lycéens le prolongement de luttes qu’il estime avoir été « insuffisamment portées » par le passé. Il rappelle aussi un souvenir douloureux. En 1991, Stéphan Villaret, un de ses amis, élève du même lycée Paul-Éluard, était mort après avoir été heurté par un panneau de basket rouillé dans la cour de l’établissement.

Élu dès le premier tour en mars, Bally Bagayoko a lancé un processus de désarmement de sa police municipale. Il veut « réinterroger la doctrine d’intervention » des forces de l’ordre, alors que plusieurs mineurs ont été gravement blessés depuis le début de la mobilisation. « Quand on a des enfants en face de soi, on ne les traite pas comme des adultes et on ne leur tire pas dessus à bout portant, on ne leur casse pas la mâchoire », appuie-t-il. Aux accusations d’instrumentaliser la colère lycéenne, il répond en dénonçant « la lâcheté » de formations politiques qui ont préféré se taire. Et de tacler le chef de l’État, qui « vient confirmer à nouveau ce sentiment de mépris, de déclassement auquel ces lycéens sont confrontés ».

Malgré les projecteurs braqués sur lui, il répète une chose. « C’est la jeunesse qui doit rester l’icône et le symbole important de cette révolution citoyenne. » Lui se contente d’y être « reconnu » comme un allié. Et ça, pour les élèves de Saint-Denis, ça compte.

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