Politique
Un an rue de Grenelle et la première épreuve politique d’Édouard Geffray
Nommé il y a tout juste un an, le ministre de l’Éducation nationale se retrouve bousculé par la mobilisation lycéenne, un dossier qui met à nu son profil…

Nommé il y a tout juste un an, le ministre de l’Éducation nationale se retrouve bousculé par la mobilisation lycéenne, un dossier qui met à nu son profil de haut fonctionnaire. Sa connaissance intime du ministère, longtemps un atout, devient soudain un handicap.
Réputé pour sa maîtrise des dossiers, Édouard Geffray traverse sa première vraie zone de turbulence depuis son arrivée rue de Grenelle. La mobilisation des lycéens, dont la gestion fait débat jusque dans les rangs du gouvernement, a projeté sous les projecteurs ce ministre jusqu’ici très discret dans l’équipe gouvernementale. Un an après sa nomination, le voilà contraint de défendre autre chose que la solidité de son parcours administratif.
Les critiques viennent de partout. Le président lui-même lui reprocherait d’avoir sous-estimé la contestation, de ne pas avoir senti le mouvement arriver et d’avoir tardé à se rendre sur le terrain. Dans l’entourage gouvernemental, un membre grince qu’il ne faut pas « des réponses de directeur d’administration » mais « des réponses de politique ». Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des collèges et des lycées, résume la situation d’une formule. « Il a les défauts de ses qualités. C’est quelqu’un qui connaît bien les dossiers, qui connaît bien l’Éducation nationale, mais en ce moment ça lui coûte certainement une capacité à apporter une réponse politique. »
Face aux reproches, le ministre ne se dérobe pas. Vendredi, lors d’un déplacement dans le Val-de-Marne, après avoir reçu plusieurs fois les représentants des lycéens, il a rétorqué que la technique avait aussi ses vertus. « Certains me reprochent d’être technique, mais technique, ça veut dire aussi qu’on dit la vérité des prix et qu’on arrête de mentir aux gens. » Son adversaire politique Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, qui a débattu avec lui, livre un verdict plus nuancé. Il l’a trouvé « plus fort politiquement que ce que l’on disait », mais « moins bon techniquement que ce que tout le monde prétendait ».
À 48 ans, ce haut fonctionnaire incarne une figure familière de la rue de Grenelle, un ministère qui a vu se succéder sept ministres depuis 2022. Diplômé de Sciences Po et ancien élève de l’ENA, il a été secrétaire général de la Cnil, puis brièvement directeur de cabinet de François Bayrou à la Justice, avant de rejoindre l’Éducation nationale comme directeur des ressources humaines, puis directeur général de l’enseignement scolaire de 2019 à 2024. À ce poste de numéro deux, il pilote de l’intérieur la gestion du Covid, la mise en œuvre de la réforme du baccalauréat sous Jean-Michel Blanquer et supervise les réformes engagées sous Gabriel Attal. Loyal envers les ministres qu’il a servis, il a traversé les changements de cap, appliquant parfois des orientations opposées à celles qu’il avait contribué à bâtir. « Il y a un côté serviteur de l’État », note Sophie Vénétitay. Une étiquette qu’il revendique volontiers. « Je ne fais jamais le procès de mes prédécesseurs », disait-il début septembre, jugeant qu’ils avaient « pris les décisions qu’ils jugeaient justes à leur époque ».
Devenu ministre à son tour, il n’a pas changé de logiciel. Il a abandonné plusieurs mesures emblématiques de Gabriel Attal, comme les groupes de besoins au collège ou l’expérimentation de l’uniforme scolaire. Répétant qu’il n’y aurait pas de « réforme Geffray », il a privilégié les ajustements aux bouleversements d’ampleur. « Mon objectif, c’est de structurer les bases pour que mes successeurs puissent travailler sur le long terme », assure-t-il, rappelant que « l’école se pense à vingt ans ». Depuis un an, il alerte sur le déclin démographique, avec jusqu’à 1,7 million d’élèves en moins d’ici à 2035. Les mauvais résultats des élèves français à l’enquête Pisa 2025 ont conforté sa conviction que le collège constitue le principal point de fragilité du système éducatif. « C’est préoccupant mais ce n’est, hélas, pas une surprise », estimait-il, évoquant un « effritement du niveau » et appelant à faire du collège le « grand chantier » des prochaines années.
Parmi les marqueurs de cette première année figurent l’interdiction du téléphone portable au lycée, le durcissement des critères d’évaluation de l’orthographe aux examens ou encore un décret contesté renforçant les sanctions contre les élèves dont les parents menacent ou agressent des personnels. Autant de chantiers menés sans éclat, à l’image d’un ministre qui a bâti sa réputation sur la connaissance de l’institution. Reste à prouver qu’elle suffit aussi à tenir tête à la rue.
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