Politique
Selma Labib, conductrice de bus, part en campagne pour arracher les 500 parrainages du NPA-Révolutionnaires
Sans notoriété, cette candidate de 31 ans parcourt les routes sur son temps libre pour permettre à son parti d’extrême gauche de se présenter à la…


Sans notoriété, cette candidate de 31 ans parcourt les routes sur son temps libre pour permettre à son parti d’extrême gauche de se présenter à la présidentielle. Dans l’Aisne, elle tente de convaincre des maires ruraux, souvent très loin de ses idées.
Depuis la scission du NPA en 2022, deux formations ont pris des chemins opposés. Le NPA-Anticapitaliste, où l’on retrouve Philippe Poutou et Olivier Besancenot, a choisi de soutenir La France insoumise pour 2027. Le NPA-Révolutionnaires, lui, a investi Selma Labib. À 31 ans, cette conductrice de bus à Paris, qui vit à Ivry, dans le Val-de-Marne, découvre un exercice particulier, la course aux 500 parrainages de maires. Sans aménagement de son temps de travail, elle profite de ses congés et utilise sa voiture personnelle. L’essence entre dans les frais de campagne. Un militant l’a accompagnée lors d’une tournée dans l’Aisne.
Le défi est immense. Aux européennes de 2024, Selma Labib a recueilli 0,15 % des voix. Elle le sait, son nom ne déclenche pas l’enthousiasme. Elle reconnaît que les maires ne se disent pas, en la voyant arriver, qu’une figure connue se présente. Partir avec une candidate peu médiatique constitue un handicap. Son territoire de chasse se situe dans les villages, auprès d’élus sans étiquette, parfois prêts à offrir leur signature à des candidats modestes. Dans cette Picardie rurale, le Rassemblement national domine les scrutins. Un parti marxiste, très engagé sur la lutte des classes, l’intersectionnalité ou la défense de la Palestine, y apparaît a priori peu à sa place. Pourtant, son discours antisystème peut trouver un écho. Les élus locaux parlent souvent d’assistanat, rejettent la classe politique et expriment un sentiment d’abandon. Le premier thème ne colle pas au discours trotskiste, les deux autres offrent davantage de prise. Selma Labib résume la ligne à tenir. Elle ne veut pas braquer ses interlocuteurs, mais elle estime que ses idées gagneraient à circuler dans ces zones.
À Blanzy-lès-Fismes, une centaine d’habitants, à la frontière de la Marne, elle pousse la porte de l’exploitation d’Aymeric Ferté, maire et agriculteur. L’élu dit son exaspération. Les normes administratives l’étouffent, les élites parisiennes lui semblent déconnectées, les charges pèsent sur les petits patrons. La candidate ne promet pas de miracle pour le monde agricole dès le lendemain. Elle parle plutôt d’une autre organisation possible de la société et de la nécessité de sortir du système capitaliste. Elle tente aussi un rapprochement entre banlieue et campagne. Selon elle, les habitants de la banlieue parisienne connaissent les mêmes difficultés, notamment le manque de médecins et l’accès compliqué aux services publics. Aymeric Ferté n’a pas basculé idéologiquement. Il annonce pourtant qu’il donnera son parrainage et qu’il ne signera pas pour un gros candidat. Plusieurs petits candidats l’ont déjà sollicité. Il veut recevoir tout le monde par principe. Il demande simplement à Selma Labib de le relancer ou de revenir le voir plus tard.
Retour en voiture. Direction Marizy-Sainte-Geneviève, environ 130 habitants, à une cinquantaine de kilomètres. Selma Labib a déjà fait ce genre de tournée pour Philippe Poutou en 2022. Son argument est rodé. Elle ne réclame pas un soutien politique, mais un droit à la parole. À Marizy-Sainte-Geneviève, le maire Nicolas Bahu répond avec lassitude. Il la trouve courageuse, tout en avouant ne pas voir comment la situation pourrait se débloquer. Il se dit indécis. Avant, il croyait au parrainage. Désormais, il ne croit plus à une forme de pouvoir quelconque. Il reconnaît au moins qu’elle se déplace et fait le travail. Un nouveau point est prévu plus tard.
La course contre le temps continue. Les parrainages doivent être recueillis avant le 12 mars 2027, cinq semaines avant le premier tour. Le NPA-Révolutionnaires a déjà obtenu une centaine de promesses. Il en faut cinq fois plus. Pour Selma Labib, chaque signature arrachée dans un village compte. Chaque rendez-vous, même sans engagement immédiat, rapproche un peu plus le NPA-Révolutionnaires de la présidentielle.
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