Société
À Paris, Léon XIV fait des Champs-Élysées une immense nef à ciel ouvert
Des centaines de milliers de fidèles ont suivi le pape de l’Étoile à la Concorde, samedi, pour la première messe pontificale dans la capitale depuis…

Des centaines de milliers de fidèles ont suivi le pape de l’Étoile à la Concorde, samedi, pour la première messe pontificale dans la capitale depuis dix-huit ans. Entre ferveur, drapeaux agités et banderole féministe vite rangée, la journée a marqué les esprits.
Paris n’avait pas vu ça depuis longtemps. Samedi, peu après 14 heures, Léon XIV a pris place dans sa papamobile place de l’Étoile, puis il a descendu les Champs-Élysées sous les cris d’une foule immense, avant de rejoindre l’autel installé place de la Concorde. La dernière messe d’un pape dans la capitale remontait à la visite de Benoît XVI, en 2008. Dix-huit ans plus tard, le décor a changé d’échelle. Le ciel était couvert et l’air un peu frais au réveil, mais une fois midi passé, la Concorde était noire de monde.
Dans cette marée humaine, il y a ceux qui savent ce que ces rendez-vous laissent comme traces. Suzanne Grangé, 62 ans, retraitée parisienne venue avec son mari Pascal, 65 ans, garde un souvenir précis de Jean-Paul II à Paris en 1980. À l’époque, elle était chef scout et avait dormi au Bourget avec ses troupes. « On sait que ces célébrations sont incroyablement marquantes pour l’Église », résume son époux. Un peu plus loin, au deuxième rang, juste devant l’autel, Marie Besnier, 38 ans, enseignante à Maintenon, au nord de Chartres, patiente avec ses trois enfants de cinq, huit et onze ans. Les plus jeunes trompent l’attente en coloriant des dessins de Léon XIV. « Je disais aux enfants qu’ils devaient savourer, parce qu’ils n’auront pas ça deux fois dans leur vie », glisse leur mère.
L’ambiance, elle, est montée d’un coup. Quand le pape est apparu sur les écrans géants au moment de grimper dans sa papamobile, les applaudissements ont roulé sur des kilomètres de bitume. À deux pas de l’Arc de Triomphe, le vrombissement des hélicoptères rappelait que le dispositif de sécurité était lourd, pendant que la foule agitait ensemble des petits drapeaux français et du Vatican. « Les cathos, on ne les entend pas beaucoup, là on va faire du bruit ! Mais pour annoncer l’amour, la paix, la joie », avait prévenu Sylvie Leclerc, 51 ans, arrivée de Normandie. Elle n’a pas menti. Le long de l’avenue, Léon XIV a béni les bébés que lui présentaient des bénévoles, sous les « Léon, Léon, tes supporters sont là ! » lancés sur son passage.
Tout n’a pas été lisse pour autant. En fin de matinée, des militantes de Magdala, association féministe catholique, ont déployé une banderole portant les mots « Heureuses celles qui ont soif de justice », pour réclamer que les femmes soient « pleinement accueillies » dans l’Église. Moins d’une heure avant le début de la célébration, la sécurité de l’organisation leur a demandé de la retirer. Elles s’exécutent et la rangent pendant que résonnent les « Alléluia » chantés devant elles. « Cela montre à quel point on a encore beaucoup de boulot à faire, à quel point ils ont peur des femmes », regrette la présidente de l’association, Carmen Chaumet, 33 ans, en rappelant que le calicot ne faisait que reprendre un verset de l’Évangile au féminin.
Ces débats, Christelle Colas ne les ignore pas. À 45 ans, cette Tourangelle connaît les « divergences » qui traversent l’Église, et c’est justement pour cette raison qu’elle tenait à être là. Elle loue la « sensibilité » du pape et sa volonté de « chercher à unifier les catholiques », et n’aurait manqué ce rendez-vous pour rien au monde. D’autres sont venus sans rien espérer voir. « Je ne verrai probablement rien mais c’est pas grave, l’essentiel c’est qu’on soit nombreux, de participer à la communion », confiait dans la matinée Marie-Hélène, une banlieusarde qui préfère taire son nom.
Côté organisation, la densité de la foule a obligé les forces de l’ordre à s’adapter. De la Concorde à l’Étoile, les badauds et les retardataires étaient invités à rejoindre l’avenue de la Grande Armée, seul secteur où pouvaient se regrouper les personnes sans billet. Plusieurs camions de police barraient les rues menant à l’Arc de Triomphe. Le pape est arrivé à la Concorde porté par l’orgue et les fanfares de cuivres, acclamé par une place entière. À cet instant, le soleil a percé le manteau nuageux, comme les prévisions l’annonçaient. La messe solennelle, une heure et demie de cérémonie, pouvait commencer. Elle restera comme le point d’orgue du séjour parisien de Léon XIV.
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