Monde
Dix jours sous terre, puis l’envie de tout reconstruire
Rescapé d’un tunnel englouti par les flots, un ouvrier népalais retrouve les siens avec une idée fixe, se remettre au travail. Son histoire éclaire une…


Rescapé d’un tunnel englouti par les flots, un ouvrier népalais retrouve les siens avec une idée fixe, se remettre au travail. Son histoire éclaire une catastrophe qui, elle, n’a rien d’un simple mauvais souvenir.
Kabir Maharjan est rentré chez lui vendredi, en larmes, accueilli par la musique traditionnelle de son village. Ce père de deux enfants venait de passer plusieurs semaines dans un hôpital de Katmandou, le temps de se remettre d’un calvaire de dix jours passés prisonnier d’un tunnel. L’homme est debout, mais marqué. Blessé à une main et à une jambe, il garde aussi en tête des images que peu de gens peuvent imaginer.
Ce qu’il raconte ressemble à une lente remontée vers la lumière. Coincé dans le chantier, il a réussi à gagner un niveau supérieur et à boire de l’eau en attendant les secours. « Chaque fois que j’étais éveillé, j’essayais de trouver une issue », confie-t-il. Puis un jour, il a cru voir une lueur et entendu des voix. Il a d’abord pensé que son esprit lui jouait des tours. Il a appelé quand même. On lui a répondu. Le 4 septembre, il était sorti de là vivant, aux côtés d’un collègue, dans une région de Rasuwa qui compte parmi les plus durement frappées.
Le décor de cette histoire donne le vertige. Le 26 août, un pan de montagne fait de glace et de roche s’est effondré près de la frontière entre le Népal et la Chine, libérant des flots comparables à un tsunami. Le bilan dépasse les 1 400 morts, en majorité au Népal, et plus de 5 000 personnes restent portées disparues. Des routes, des ponts et des villages entiers ont été emportés dans le nord du pays. Les grands chantiers hydroélectriques, eux aussi, ont été ravagés. Selon le ministre de l’Énergie, plus de 800 personnes employées sur ces sites et installations sont toujours introuvables, et 47 corps y ont été retrouvés.
Devant une telle dévastation, la détermination du rescapé surprend. « La vie est précieuse. Des centaines de personnes sont mortes mais moi, j’ai survécu », souffle-t-il, la voix nouée. Il y voit presque une mission. « Peut-être que j’ai encore du travail à accomplir pour ma communauté, pour le pays, et pour mon foyer et ma famille ». Son métier, il veut le reprendre, malgré le danger. « Tout comporte des risques, mais nous devons malgré tout les surmonter ». Et pour résumer sa façon de voir les choses, il lâche cette phrase. « Le travail est notre karma ».
Le pays, lui, entre dans une autre phase. Il faut maintenant reconstruire, et la facture s’annonce lourde. Le gouvernement estime le coût global des travaux à 4,8 milliards de dollars. Le secteur hydroélectrique, pilier du développement népalais et source importante de recettes à l’export, compte parmi les grands perdants. Cette catastrophe a aussi relancé les questions sur la manière dont routes, centrales et corridors commerciaux sont bâtis dans des vallées encaissées et sur des versants escarpés de l’Himalaya. Devant les Nations unies, le Premier ministre Balendra Shah a décrit ces inondations comme « un avertissement au monde » face aux dangers grandissants du changement climatique, en appelant à un soutien international plus fort.
Car sur le terrain, rien n’est terminé. Les organisations humanitaires le répètent, l’eau a beau avoir reculé, des milliers de personnes vivent encore dans une situation critique. « La crise se poursuit pour des milliers de personnes », alerte David Fisher, représentant au Népal de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Il insiste sur l’urgence à agir pour protéger leur santé et éviter qu’elles ne basculent dans la pauvreté. Pour Kabir Maharjan, comme pour tout un pays, la reconstruction ne fait que commencer.
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