Europe
Le jour où un blogueur a cru mourir sous les coups de couteau à Nantes

Le dissident azerbaïdjanais Mahammad Mirzali a livré un témoignage glaçant sur l’attaque qui a failli lui coûter la vie en 2021. Devant la cour d’assises de Rennes, il accuse son propre gouvernement d’avoir commandité ce crime politique.
Mahammad Mirzali se souvient de chaque seconde. Ce jour de mars 2021, à Nantes, il a vu la mort de près. « Je pensais que c’était la dernière fois que je respirais. Je mourais », a-t-il raconté en français, les yeux fixés sur les sept accusés dans le box. Pour survivre, il a zigzagué, il s’est mis en position de défense, les mains en avant pour parer les lames. Les agresseurs ont perdu du temps parce que leur véhicule bloquait la circulation et que les automobilistes klaxonnaient. « Ils ont stressé », a-t-il expliqué. « Ils ont bien essayé de m’assassiner. » Une version que les avocats de la défense ont tenté de contester en suggérant que le commando avait volontairement arrêté les coups pour simplement intimider. Mais le blogueur de 32 ans n’a pas vacillé.
Ce procès ne juge pas seulement une agression. Il met en lumière une méthode de répression qui dépasse les frontières. Le jeune homme, réfugié politique en France depuis 2016, affirme que cette attaque a été ordonnée par le régime azerbaïdjanais. Une organisation de défense des journalistes a décrit un phénomène de « répression transnationale » qui consiste à traquer, menacer et frapper des opposants même lorsqu’ils ont fui leur pays. Cette pratique serait utilisée par plusieurs États comme la Russie, la Turquie, l’Iran ou l’Égypte. Dans la salle d’audience, sous très haute sécurité, le principal accusé, un homme incarcéré dans une prison de haute sécurité et considéré comme un membre de la mafia russophone, a tenté d’interrompre le témoignage à plusieurs reprises. Le président a dû menacer de lui couper le micro.
Depuis son exil, Mahammad Mirzali vit reclus. Son appartement est plongé dans le noir, volets baissés, et même ses parents ignorent où il habite. « Même chez moi je ne me sens pas en sécurité », a-t-il confié, rappelant qu’un autre opposant au régime azerbaïdjanais a été poignardé à mort à Mulhouse en octobre 2024. Pourtant, il refuse de cesser ses critiques. « Pourquoi arrêter? Le gouvernement ne me lâchera pas », a-t-il lancé. Condamné par contumace dans son pays à six ans et demi de prison, il continue d’alimenter sa chaîne YouTube et son blog, suivis par des centaines de milliers d’abonnés. Les neuf accusés, jugés pour tentative de meurtre en bande organisée, complicité ou association de malfaiteurs, risquent de dix ans de prison à la perpétuité. Le verdict est attendu en fin de semaine prochaine.

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