Europe
Le génocide des Tutsi entre dans l’espace public français : un mémorial s’installe à Paris

Un monument de laiton noir vient d’être inauguré sur les bords de Seine, en hommage aux centaines de milliers de victimes du génocide de 1994. Emmanuel Macron et Paul Kagame ont assisté ensemble à cette cérémonie, nouveau pas dans la reconnaissance du rôle de la France.
Ce n’est pas une page d’histoire qu’on referme, mais une stèle qu’on dresse pour ne jamais oublier. Mardi, le président français et son homologue rwandais ont dévoilé, en plein cœur de Paris, un double bloc de laiton noir. Une phrase y est gravée, sobre et puissante, qui rassemble les voix, les souvenirs et les espoirs des disparus et des survivants. L’œuvre, signée de l’artiste portugaise Grada Kilomba, a été pensée comme un lieu de recueillement et de transmission aux générations futures. Elle porte un nom simple évocateur. Archive. Car ce n’est pas un rapport qu’on range dans une bibliothèque, mais un monument visible, ancré dans le quotidien des Parisiens.
Le symbole est fort. L’emplacement ne doit rien au hasard. La double stèle se dresse à quelques encablures du ministère des Affaires étrangères et de l’Élysée, deux lieux de pouvoir qui, selon les mots d’un historien mandaté par l’État, ont montré leur faillite durant le génocide. Plus de 800 000 personnes, majoritairement Tutsi, ont péri entre avril et juillet 1994 dans une campagne de massacres orchestrée par des extrémistes hutu. La France entretenait alors des liens étroits avec le régime en place. Pendant des années, ces relations ont empoisonné le dialogue avec Kigali, menant même à une rupture diplomatique. En 2021, Emmanuel Macron avait reconnu, sans s’excuser, les responsabilités accablantes de la France. Ce mémorial est une nouvelle étape de ce long chemin de réconciliation.
Pour les rescapés et leurs familles, ce geste est une bouffée d’air. Le président d’Ibuka France, principale association de mémoire et de soutien, parle d’oxygène après trente ans d’un combat porté seul par la société civile. Il se dit enfin compris et accompagné. La cérémonie a été marquée par des prises de parole, dont celle du maire de Paris, d’une rescapée, et une lecture de poème par l’écrivain Gaël Faye. Les deux chefs d’État ont ensuite dîné au palais présidentiel. Mais le travail ne s’arrête pas là. En France, d’autres chantiers avancent, notamment judiciaires. Des procès de présumés génocidaires réfugiés sur le territoire se succèdent, et les moyens d’investigation ont été renforcés. La question de l’avenir se pose aussi, car si la dynamique actuelle a débuté sous le mandat d’Emmanuel Macron, les associations veilleront à ce qu’elle survive aux alternances politiques.

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