Planète
TotalEnergies mise sur la pyrolyse pour réinventer le cycle du plastique

Le groupe pétrolier inaugure en Seine-et-Marne une unité pionnière transformant les déchets d’emballages en hydrocarbures. Une technologie présentée comme une avancée majeure, mais dont la pertinence écologique et économique divise.
Sur le site de son ancienne raffinerie de Grandpuits, TotalEnergies déploie un procédé industriel singulier. Des balles de déchets plastiques, collectées et triées, y sont converties en une huile inflammable par un processus de pyrolyse. Cette matière, baptisée Tacoil, est ensuite expédiée vers des unités pétrochimiques pour y être transformée en résines plastiques neuves. L’objectif affiché est de créer une boucle circulaire, en substituant partiellement au naphta pétrolier une matière première issue du recyclage.
Cette initiative s’inscrit dans la reconversion de la plateforme, engagée après l’arrêt de son approvisionnement en brut. Le groupe y présente désormais la première usine française de recyclage chimique des plastiques à cette échelle. La technologie, développée par la société Plastic Energy, permet selon TotalEnergies de produire des plastiques recyclés d’une qualité équivalente à celle des matériaux vierges, aptes à un usage alimentaire.
Les volumes traités restent cependant marginaux. L’installation peut accueillir jusqu’à quinze mille tonnes de déchets par an, une fraction infime des millions de tonnes d’emballages ménagers mis annuellement sur le marché. Sa production d’huile de pyrolyse équivaut, dans la configuration actuelle, au chargement d’un camion-citerne par jour.
La filière reconnaît elle-même que son modèle économique est encore en construction. Le procédé, énergivore et coûteux, ne bénéficie pas d’une demande suffisante pour assurer sa rentabilité à court terme. Par ailleurs, des observateurs pointent que l’huile issue de la pyrolyse doit être mélangée à une proportion substantielle de naphta conventionnel pour être retransformée en plastique, limitant ainsi son caractère circulaire.
Des organisations environnementales questionnent le bien-fondé de cette voie technologique. Elles estiment qu’elle entretient l’illusion d’un recyclage infini, sans remettre en cause la production massive de plastique vierge. Elles soulignent également la dégradation inéluctable des polymères à chaque cycle, un phénomène que le recyclage chimique ne résout pas.
Malgré ces réserves, cette méthode a reçu un début de reconnaissance institutionnelle. Les États membres de l’Union européenne ont récemment acté son inclusion dans le calcul des taux de recyclage obligatoires pour les bouteilles en plastique, lui ouvrant ainsi un cadre réglementaire potentiellement favorable à son développement.

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