Monde
Costa Rica, l’idyllique nation ébranlée par la violence des cartels

_**Le pays, longtemps considéré comme un havre de paix en Amérique latine, voit son tissu social se déchirer sous l’impact du narcotrafic, une réalité qui domine la campagne présidentielle.**_
Dans les quartiers défavorisés de San José, le son des armes à feu est devenu une triste banalité. L’escalade des violences liées au trafic de stupéfiants a profondément transformé le quotidien de nombreuses communautés, loin de l’image pacifique traditionnellement associée au Costa Rica. Cette insécurité grandissante constitue désormais l’enjeu central du scrutin présidentiel de ce dimanche.
Une femme, Mauren Jiménez, incarne la résistance civile face à cette tragédie silencieuse. Cette dirigeante communautaire consacre son énergie à offrir des funérailles dignes aux jeunes victimes des affrontements entre bandes. Elle accompagne des familles démunies, souvent analphabètes, dans les démarches administratives et financières, de la morgue à la tombe. Son action bénévole, qu’elle décrit comme une vocation, l’a conduite à enterrer une vingtaine d’adolescents l’an dernier, des vies fauchées par un engrenage criminel auquel elles n’ont souvent pas échappé.
Les statistiques officielles confirment l’ampleur du phénomène. Près de sept meurtres sur dix sont attribués au narcotrafic, faisant grimper le taux d’homicides à un niveau historiquement élevé. Les autorités judiciaires pointent une évolution inquiétante du rôle du pays, désormais transformé en plateforme logistique stratégique pour les cartels internationaux, et non plus seulement en couloir de transit. Cette économie souterraine prospère particulièrement dans les zones urbaines marquées par la précarité et les inégalités, offrant à une jeunesse désœuvrée des perspectives illicites mais lucratives.
La réponse politique à cette crise cristallise les divisions. La candidate favorite, Laura Fernandez, axe sa campagne sur un renforcement sécuritaire drastique, s’inspirant de mesures appliquées ailleurs dans la région, comme la construction d’une prison de haute sécurité et la déclaration d’états d’exception localisés. Ses opposants dénoncent une dérive autoritaire et plaident pour des solutions alternatives, combinant surveillance accrue et investissements sociaux pour s’attaquer aux racines du mal.
Sur le terrain, l’angoisse est palpable. Les habitants des secteurs les plus touchés, comme celui d’Alajuelita, vivent avec la crainte permanente des balles perdues. Des religieux et des bénévoles avouent célébrer des obsèques sous la menace de représailles. Pour des acteurs de terrain comme Mauren Jiménez, la minimisation du drame par certaines voix politiques est insupportable. Elle continue son œuvre, convaincue que chaque existence, aussi brisée soit-elle, mérite respect et dignité, dans un pays qui cherche désespérément à retrouver sa sérénité perdue.

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