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Violences vicariantes : quand l’enfant devient la cible pour atteindre la mère

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Cette forme insidieuse de violence conjugale, qui vise les enfants pour blesser leur mère, reste largement ignorée par le droit français malgré des drames récurrents.

Les violences vicariantes désignent un mode opératoire spécifique au sein des violences conjugales. L’agresseur, n’ayant plus d’accès direct à sa compagne ou ex-compagne, utilise les enfants comme intermédiaires pour lui infliger une souffrance. Ce phénomène, théorisé par la psychologue argentine Sonia Vaccaro, se manifeste surtout lors des séparations. Comme le souligne Claire Bourdille, fondatrice du collectif Enfantiste, c’est précisément à ce moment que l’auteur des violences, perdant le contrôle sur sa partenaire, cherche à l’atteindre par procuration. L’infanticide représente la forme la plus extrême de ces agissements, mais les violences vicariantes peuvent aussi être physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques.

Les données officielles peinent à rendre compte de l’ampleur du phénomène. En 2019, vingt-cinq enfants ont trouvé la mort dans un contexte de violences conjugales, dont vingt-deux sans que l’autre parent ne soit tué. En 2024, ce chiffre est tombé à sept, mais les autres formes de violences vicariantes restent largement sous-estimées. Andreea Gruev-Vintila, maîtresse de conférences à l’université Paris Nanterre, insiste sur la nécessité de lire ces actes à la lumière du contrôle coercitif, ce mécanisme de domination qui structure la relation. Selon elle, il est urgent que la proposition de loi sur ce sujet soit examinée à l’Assemblée nationale.

Le droit français ne reconnaît pas encore les violences vicariantes comme une infraction autonome. La présence d’un enfant lors de violences conjugales constitue certes une circonstance aggravante, mais cela reste insuffisant. Un récent procès dans le Val-de-Marne a toutefois marqué une avancée. Un homme qui avait tué ses trois filles après que son épouse eut demandé le divorce a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Le président de la cour a alors estimé que ce dossier illustrait parfaitement les violences vicariantes, précisant que la cible véritable était l’épouse.

À l’étranger, l’Espagne fait figure de pionnière. Le gouvernement a approuvé fin 2025 un avant-projet de loi qui érigerait les violences vicariantes en délit spécifique. Pour le centre Hubertine Auclert, qui milite pour l’égalité entre les femmes et les hommes, la France gagnerait à s’en inspirer. Claire Bourdille déplore une inertie qui en dit long sur la société. Elle s’interroge sur le sort de tous ces enfants exposés à des violences parfois mortelles et que les institutions peinent à protéger.

Les conséquences sur les enfants sont désormais bien documentées. Andreea Gruev-Vintila évoque des troubles de l’humeur, du sommeil, de l’alimentation, ainsi qu’une anxiété permanente. Ces séquelles peuvent altérer profondément leur santé et se prolonger sur le long terme.

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