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Société

Jeux vidéo et mineurs : une experte appelle à ne pas céder à la panique morale

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Pointer un objet culturel du doigt ne résout pas les problèmes sous-jacents, estime Célia Hodent, docteure en psychologie, alors qu’une mission gouvernementale examine les risques potentiels des jeux vidéo sur les mineurs.

Dans un entretien récent, cette spécialiste de l’expérience utilisateur dans l’industrie vidéoludique, ancienne membre de l’équipe ayant conçu le célèbre jeu en ligne Fortnite, plaide pour une responsabilisation accrue des plateformes et des éditeurs. Elle a fondé en 2020 l’initiative Ethical Games, qui vise à élaborer une charte déontologique pour mieux protéger joueurs et développeurs.

Interrogée sur les mécanismes potentiellement dangereux pour les jeunes, elle explique que certains dispositifs, comme les loot boxes, ces coffres surprises virtuels payants au contenu aléatoire, présentent des similitudes avec les jeux d’argent, déjà interdits aux mineurs en France. Ces mécanismes incitent à jouer davantage pour accumuler de la monnaie virtuelle ou à en acheter pour débloquer des récompenses. D’autres titres exploitent la peur de manquer une opportunité, créant un sentiment d’aversion à la perte chez le joueur qui craint de perdre ses acquis s’il ne se connecte pas régulièrement. Cette approche, selon elle, récompense la persévérance mais peut aussi forcer à jouer sous peine de sanction.

Concernant le lien entre jeux vidéo et violence, la psychologue estime que les études disponibles montrent seulement un effet à court terme, comparable à celui d’un jeu de course qui peut énerver temporairement. Aucune recherche ne démontre un changement de personnalité durable. Si un contenu violent peut être problématique pour certaines personnes, des systèmes de classification par âge existent déjà. Elle juge donc infondée la création d’une panique morale autour d’un loisir pratiqué par une large majorité de la population.

À propos de la mission gouvernementale sur les risques des jeux vidéo, elle s’étonne que ce média soit encore considéré comme un bouc émissaire après près d’un demi-siècle d’existence. À ses yeux, pointer un objet culturel du doigt permet d’éviter de traiter des problèmes plus complexes, comme l’éducation des enfants ou la santé mentale.

Quant à l’idée d’interdire certains jeux aux plus jeunes, avancée par le président de la République, elle estime que le bannissement n’est pas une solution efficace. Les expériences menées en Corée du Sud ou en Chine ont montré que les enfants contournent facilement ces restrictions, d’autant plus avec les outils d’intelligence artificielle. Elle rappelle que les enfants ont aussi des droits, notamment celui de jouer et d’accéder à des espaces sociaux. La priorité devrait être de protéger ces espaces en responsabilisant davantage les plateformes, et d’encourager les consommateurs à ne pas soutenir les jeux qui exploitent leurs joueurs.

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