Économie
La course aux travailleurs, nouveau front économique de l’Ukraine en guerre
La guerre a creusé une pénurie de main-d’œuvre sans précédent en Ukraine, conjuguant l’effet de la mobilisation militaire, de l’exode massif et d’un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande sur le marché du travail.
Dans l’effervescence d’une usine de Dnipro, Anatoliï Synkov, un ouvrier quinquagénaire, témoigne avec une tranquille assurance d’un paradoxe économique. Originaire de Bakhmout, ville martyre tombée aux mains des forces russes en 2023, cet ancien forestier a trouvé un emploi en moins d’une semaine. Il reçoit encore régulièrement des propositions d’autres employeurs, signe d’une pénurie de bras qui touche l’ensemble du tissu productif ukrainien.
L’invasion déclenchée en février 2022 a profondément aggravé une situation démographique déjà fragile. L’enrôlement de centaines de milliers d’hommes dans l’armée, les pertes humaines et la fuite de millions de citoyens à l’étranger ont vidé les chaînes de production. Selon les données d’associations patronales, près de huit entreprises sur dix déploraient, début 2026, un manque de personnel qualifié. À cela s’ajoutent les destructions d’infrastructures et les risques sécuritaires permanents liés aux bombardements.
Les métiers manuels sont les plus touchés. Chauffeurs, techniciens, artisans mais aussi médecins, enseignants et cadres agricoles font cruellement défaut. Les rémunérations jugées trop faibles ou le manque de prestige de certaines filières expliquent en partie ce déséquilibre. Le secteur de la défense, en pleine expansion, n’est pas épargné et peine à recruter des spécialistes rares.
Pourtant, le chômage reste élevé, à plus de 15 % au printemps 2026. Ce paradoxe s’explique par une inadéquation entre les profils disponibles et les besoins réels des entreprises. L’offre de comptables, d’économistes ou de cadres intermédiaires est abondante, tandis que les postes techniques restent vacants. Les économistes appellent à encourager les reconversions professionnelles et à mieux intégrer les jeunes, les seniors, les déplacés et les anciens combattants.
Certaines entreprises tentent d’innover pour attirer la main-d’œuvre. Des primes sont offertes aux salariés qui recrutent un membre de leur famille. L’emploi féminin connaît une forte progression, atteignant désormais la parité dans plusieurs usines. Mais l’insertion des 3,7 millions de déplacés internes reste un défi, beaucoup ayant des compétences inadaptées à leur région d’accueil ou souffrant de traumatismes.
La question des hommes qui se cachent pour éviter la mobilisation et travaillent au noir est également préoccupante. Des responsables économiques plaident pour une réforme du système de mobilisation, afin de permettre des rotations plus claires entre le service militaire et des emplois civils légaux. Actuellement, la durée du service n’est pas fixée, ce qui freine le retour à la vie professionnelle.
Quant au recours à la main-d’œuvre étrangère, il reste marginal. Seule une faible proportion d’entreprises y songe, les craintes liées aux barrières linguistiques ou culturelles étant encore très présentes. Dans ce contexte tendu, Anatoliï Synkov, après deux ans pour surmonter le choc de son exil, résume sobrement la situation : il faut vivre.
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