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Culture

Un musée londonien veut séduire les moins de 30 ans

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Dans l’est de Londres, le V&A East a ouvert ses portes avec une ambition claire : attirer un public jeune, souvent absent des institutions culturelles, en proposant une programmation ancrée dans les enjeux contemporains.

Loin des artères muséales du centre-ville, un bâtiment en béton aux lignes géométriques s’élève sur l’ancien parc olympique des Jeux de 2012. Inauguré le 18 avril, ce nouvel espace est la dernière extension du Victoria and Albert Museum, institution fondée il y a plus de cent soixante-dix ans. À quelques pas se trouve la Storehouse, ouverte depuis près d’un an, qui expose une partie des réserves de l’établissement.

Là où la Storehouse mise sur l’abondance, le V&A East privilégie la sobriété avec cinq cents objets présentés dans un espace lumineux, doté de grandes baies vitrées et accessible gratuitement, hors expositions temporaires. Les deux galeries permanentes mêlent un collier berbère venu d’Algérie, des chaussures à plateformes de la styliste punk Vivienne Westwood, une robe d’Anna Maria Garthwaite, créatrice textile du XVIIIe siècle, et des œuvres contemporaines d’artistes locaux ou internationaux.

Les conservateurs ont sélectionné des pièces en lien direct avec les préoccupations des jeunes générations. Santé, identité, genre, climat ou encore vivre-ensemble figurent parmi les thématiques retenues. Ce parti pris intervient alors qu’aux États-Unis, l’administration Trump a annoncé un réexamen de certaines expositions muséales, accusées de promouvoir un agenda idéologique.

Le projet du V&A East a été pensé dès 2012 pour répondre à un constat chiffré. Entre avril 2024 et mars 2025, seuls 31 à 37 % des 16-24 ans ont visité un musée, contre 41 % des adultes, selon des données gouvernementales. Une étude du Group for Education in Museums souligne la difficulté des institutions à maintenir l’intérêt des adolescents et jeunes adultes.

Pour y remédier, les responsables ont mené des consultations pendant plusieurs années, impliquant plus de trente mille jeunes, parfois directement dans leurs lycées. Le choix des objets exposés dans les galeries permanentes est le fruit de ces échanges. Cette approche interroge les visiteurs. Une Londonienne de 27 ans, venue avec son père, confie trouver l’expérience déstabilisante mais agréable, appréciant de déambuler sans objectif précis. Son père, cheminot à la retraite, s’attarde devant une paire de baskets Nike placée dans une section consacrée à la durabilité, qui montre l’évolution des matériaux dans la mode.

Le muséologue américain Kevin Coffee, spécialiste du sujet, voit dans cette initiative un premier pas vers une offre mieux adaptée aux jeunes. Les organisateurs misent également sur des événements, concerts ou tables rondes, pour renforcer l’attractivité du lieu.

La première exposition temporaire, intitulée The Music is Black : A British Story et visible jusqu’en janvier 2027, illustre cette ambition. Chaque visiteur reçoit un casque connecté qui diffuse une musique variant selon son emplacement dans l’espace, transformant la visite en une expérience immersive. L’exposition retrace plus de cent vingt ans de musique noire au Royaume-Uni, du jazz au rap en passant par le reggae et le rock, et aborde la question de l’esclavage, notamment dans l’empire britannique, dès l’entrée avec une carte montrant l’ampleur des trajets des navires négriers entre le XVIe et le XIXe siècle.

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