Culture
Cannes sous les projecteurs : le 79e festival allie cinéma et prises de position politiques


La Croisette s’apprête à vibrer au rythme de la compétition officielle, tandis que les débats sur le rôle de l’art dans la société contemporaine animent les coulisses de la manifestation.
Le rideau s’est levé sur une nouvelle édition du festival de Cannes, mardi soir, alors que vingt-deux longs métrages briguent la prestigieuse Palme d’or. Le tapis rouge a été déployé devant le Palais des Festivals, prêt à accueillir les plus grandes figures du septième art. Le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson, célèbre pour sa trilogie du *Seigneur des anneaux*, doit y recevoir une Palme d’honneur en ouverture de cette 79e édition.
Le jury, présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook, s’est installé sur la Croisette. Il devra départager les œuvres en compétition, un an après la victoire de *Un simple accident* de l’Iranien Jafar Panahi. Avant même le début des projections, mercredi, le festival a été traversé par des interrogations sur la capacité du cinéma à s’emparer des tensions mondiales, à l’image de ce qu’a connu la Berlinale. Park Chan-wook a estimé qu’il serait vain de vouloir opposer art et politique, ajoutant qu’une œuvre porteuse d’un message politique ne saurait être considérée comme un adversaire de l’art.
Au sein d’un jury aux sensibilités variées, le scénariste engagé Paul Laverty, collaborateur régulier de Ken Loach, a profité de la tribune cannoise pour fustiger une époque où, selon lui, les fous guident les aveugles. Il a dénoncé les violences systématiques et le génocide à Gaza, avant de critiquer vertement Hollywood pour avoir, dit-il, boycotté des acteurs ayant dénoncé la mort de femmes et d’enfants dans ce conflit. Thierry Frémaux, délégué général du festival, a tenté de tracer une voie médiane en rappelant que l’on demande souvent à Cannes de réfléchir à des questions qui ne le concernent pas directement.
La question de l’intelligence artificielle agite également la profession. L’actrice américaine Demi Moore a estimé qu’il serait plus judicieux de chercher des moyens de collaborer avec cette technologie plutôt que de la combattre frontalement, une bataille qu’elle juge perdue d’avance. Par ailleurs, environ six cents professionnels du cinéma ont signé une tribune dans le quotidien *Libération* pour dénoncer l’influence croissante de l’extrême droite dans le secteur, via le milliardaire Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe Canal+. Certains producteurs, sous couvert d’anonymat, ont confié à l’Agence France-Presse comprendre cet appel à la vigilance, tout en estimant que Canal+ continue de financer le cinéma français sans imposer d’idéologie. Le groupe a réaffirmé son partenariat avec la Queer Palm, qui récompense un film abordant les thématiques LGBTQIA+, et son engagement pour un cinéma pluriel et audacieux.
La compétition débutera mercredi avec les premières projections, notamment *Quelques jours à Nagi* du Japonais Koji Fukada et *La vie d’une femme* de Charline Bourgeois-Tacquet, un portrait de chirurgienne dont l’existence est bouleversée par la rencontre avec une romancière. Le festival s’achèvera le 23 mai.





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