Culture
Cannes hisse le septième art comme un rempart face aux crises du monde
La 79e édition du Festival de Cannes s’est ouverte mardi soir sur une célébration du cinéma présenté comme un acte de résistance, capable de traverser les langues et les frontières. Vingt-deux films concourent pour la Palme d’or.
Sur la scène du Palais des festivals, l’actrice américaine Jane Fonda et la comédienne chinoise Gong Li ont donné le coup d’envoi de cette grand-messe du cinéma, qui s’achèvera le 23 mai par la remise de la récompense suprême. L’an dernier, le réalisateur iranien dissident Jafar Panahi avait remporté la Palme d’or pour *Un Simple accident*. « Le cinéma a toujours été un acte de résistance parce que nous racontons des histoires et les histoires représentent ce qui construit une civilisation », a déclaré Jane Fonda. Gong Li a pour sa part salué un art qui « transcende les langues, les cultures et les générations » et qui s’adresse à ce qui unit l’humanité, les émotions.
La compétition offre cette année un large panorama du cinéma mondial, de l’Espagnol Pedro Almodovar à l’Américain James Gray en passant par le Roumain Cristian Mungiu, dans un contexte de tensions internationales. Le tapis rouge accueillera une pléiade de vedettes, parmi lesquelles Penélope Cruz, Adam Driver, Barbra Streisand ou encore Marion Cotillard. Pour lancer la quinzaine, le festival a remis une Palme d’honneur au réalisateur néo-zélandais Peter Jackson, créateur de la trilogie *Le Seigneur des anneaux*, qui n’avait encore jamais été primé sur la Croisette. « C’est presque miraculeux car je n’aurais jamais imaginé gagner une Palme un jour », a-t-il confié en recevant la distinction des mains d’Elijah Wood, l’interprète de Frodon Sacquet. « Je ne fais pas des films qui se prêtent à une Palme d’or, donc c’est une surprise à tous les égards », a ajouté le cinéaste de *King Kong* et *Bad Taste*.
La maîtresse de cérémonie, l’actrice française Eye Haïdara, a insufflé une tonalité politique à son discours d’ouverture. Après une entrée en scène sur un air de Claude Nougaro, elle a salué les téléspectateurs du monde entier, « partout où l’internet n’a pas été coupé, partout où l’intelligence artificielle ne s’est pas substituée à la réalité ». Cette allusion fait écho aux débats qui animent le festival sur le rôle du cinéma face aux conflits contemporains. Le président du jury, le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook, a estimé lors d’une conférence de presse qu’il n’y avait pas lieu d’opposer art et politique. Le Britannique Paul Laverty, scénariste fétiche de Ken Loach et membre du jury, s’est montré plus incisif en dénonçant une époque où « les fous guident les aveugles », évoquant notamment « le génocide à Gaza et tous ces conflits horribles ».
La question de l’intelligence artificielle traverse également la manifestation. L’actrice américaine Demi Moore, elle aussi membre du jury, a estimé qu’il serait vain de lutter contre cette technologie. « Chercher des moyens de travailler avec elle me semble une voie plus précieuse à suivre », a-t-elle déclaré. La course à la Palme d’or débutera mercredi avec les premières projections, notamment *Quelques jours à Nagi* du Japonais Koji Fukada et *La vie d’une femme* de Charline Bourgeois-Tacquet.
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