Société
Des paons en liberté divisent un village italien

Entre fascination et exaspération, la présence d’une centaine de paons dans les rues de Punta Marina, station balnéaire d’Émilie-Romagne, suscite des tensions croissantes parmi les résidents.
Dans ce paisible hameau côtier proche de Ravenne, les majestueux volatiles à la traîne iridescente se sont approprié les toits, les clôtures et les carrefours. Leur nombre, estimé à une centaine d’individus, n’a cessé de croître en l’absence de prédateurs naturels dans le tissu urbain. Si les mosaïques antiques de la région témoignent d’une présence séculaire des paons, leur prolifération récente divise profondément la communauté locale.
Pour certains habitants, la cohabitation est devenue intenable. Marco Manzoli, un ancien chauffeur de bus, dénonce les nuisances sonores des parades nuptiales, les dégradations sur les carrosseries des véhicules et les excréments abondants qui salissent les trottoirs. Il craint que cette situation ne finisse par éloigner les visiteurs, pourtant essentiels à l’économie touristique du village. D’autres résidents évoquent des nuits perturbées par les cris des oiseaux et une circulation entravée par leurs déambulations nonchalantes.
À l’opposé, une partie de la population défend avec ferveur la présence de ces animaux. Claudio Ianiero, un pâtissier du village, les décrit comme une source d’émerveillement et une singularité attachante de Punta Marina. Il relativise les discours alarmistes sur une prétendue invasion, estimant que l’équilibre reste possible. Mara Capasso, une caissière, confirme que le sujet a créé une fracture nette entre les deux camps, chacun campant sur ses positions.
Les autorités locales tentent de trouver une issue. Un projet de relocalisation, avorté en 2022 sous la pression des associations de protection animale, pourrait être relancé face aux nombreuses propositions d’accueil venues de toute la péninsule. En parallèle, une campagne de sensibilisation a été lancée pour encourager les habitants et les touristes à ne pas nourrir les volatiles et à respecter leur espace. Emanuele Crescentini, un résident qui s’est improvisé protecteur des paons, prône quant à lui une coexistence apaisée, fondée sur le bon sens et le respect mutuel. Il estime que le village pourrait devenir un modèle de gestion harmonieuse entre vie urbaine et faune sauvage.

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