Monde
Trente ans après Srebrenica, la Bosnie honore ses disparus


Le pays se recueille devant les stèles blanches de Potocari, où sept nouvelles victimes du massacre de 1995 ont été inhumées ce vendredi.
Des milliers de personnes se sont rassemblées ce vendredi dans l’est de la Bosnie pour marquer le trentième anniversaire des événements de Srebrenica. Les commémorations ont été ponctuées par l’inhumation de sept victimes identifiées récemment, dont les restes ont rejoint les quelque 7 000 tombes déjà alignées dans le cimetière mémorial de Potocari. Parmi elles figurait Sejdalija Alic, disparu lors de la prise de la ville par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995.
Anela Anic, sa petite-fille, a évoqué avec émotion le destin croisé de son père et de son grand-père, tous deux victimes du massacre. « Je n’ai jamais connu mon père… Aujourd’hui, nous enterrons quelques ossements de mon grand-père à côté de lui », a-t-elle déclaré, les larmes aux yeux. Comme beaucoup de familles, elle attendait depuis des années que des fragments supplémentaires soient retrouvés dans les fosses secondaires où les corps avaient été dispersés pour brouiller les traces.
Munira Subasic, présidente de l’association des mères de Srebrenica, a rappelé l’impuissance des institutions internationales face à ce qui reste le pire massacre commis en Europe depuis 1945. « Le monde a regardé sans agir », a-t-elle souligné, évoquant la mémoire de son fils et de son mari. Certaines familles, comme celle de Mevlida Omerovic, ont choisi de ne plus attendre pour organiser des funérailles, même lorsque ne subsistent que quelques fragments. « Trente ans, c’est assez long pour espérer », a-t-elle confié en désignant le cercueil contenant la mâchoire de son époux.
Parmi les participants aux cérémonies figurait Daniel Chénard, ancien casque bleu canadien toujours hanté par son impuissance passée. « Je leur ai dit que j’étais désolé… Nous avons fait ce que nous pouvions », a-t-il expliqué, la voix brisée. Si la justice internationale a condamné les principaux responsables, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, la minimisation des faits persiste dans certains cercles politiques serbes. Une résolution de l’ONU a pourtant officialisé en 2024 la commémoration du 11 juillet, malgré les contestations. Le président serbe Aleksandar Vucic a néanmoins présenté ses condoléances, qualifiant pour la première fois les événements de « crime terrible », tout en appelant à « regarder vers l’avenir ».
Sous un soleil de plomb, les proches continuaient de se recueillir devant les stèles, comme Sefika Mustafic, qui vient régulièrement parler à ses deux fils disparus à l’adolescence. « Je caresse ces pierres en attendant de les voir en rêve… Mais ils ne viennent jamais », murmurait-elle en ajustant les fleurs sur les tombes.





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