Économie
Stellantis dévoile une nouvelle feuille de route axée sur la Chine et les citadines électriques


Le constructeur automobile, en perte de vitesse et lourdement déficitaire, mise sur des alliances avec des industriels chinois et le lancement de petites voitures électriques à bas coût pour inverser la tendance.
Le groupe Stellantis doit présenter ce jeudi, depuis la banlieue de Détroit, un plan stratégique destiné à enrayer son déclin commercial et financier. Dirigé par Antonio Filosa, le géant italo-franco-américain entend regagner des parts de marché en Europe et aux États-Unis en s’appuyant sur des partenariats avec des groupes chinois et un programme de véhicules électriques abordables. Après avoir subi des pertes colossales de plus de 20 milliards d’euros pour l’exercice 2025, le groupe a multiplié les annonces depuis le mois de mai, esquissant les contours de sa renaissance.
Parmi les mesures phares figure l’ouverture de ses sites industriels européens à des partenaires asiatiques. Les usines espagnoles de Madrid et Saragosse, ainsi que le site français de Rennes, sous-utilisés, accueilleront désormais la production de modèles chinois. Le constructeur Leapmotor, jeune pousse de l’empire du Milieu, fabriquera deux modèles en Espagne, tandis que le groupe public Dongfeng, partenaire de longue date de Stellantis, assemblera des véhicules sous ses propres marques dans l’usine historique de La Janais, près de Rennes. Par ailleurs, une coopération a été annoncée avec Jaguar Land Rover, propriété du groupe indien Tata Motors, pour mutualiser les efforts de recherche et de développement sur le marché nord-américain.
En parallèle, Stellantis a dévoilé un projet de petites voitures électriques baptisé « e-cars », dont le prix de vente ne dépasserait pas 15 000 euros. Ces véhicules, assemblés sous plusieurs marques dans l’usine italienne de Pomigliano d’Arco, pourraient inclure une version modernisée de la mythique 2CV, une idée récemment évoquée par la direction de Citroën. Antonio Filosa devrait également clarifier la hiérarchie entre les quatorze marques du groupe et annoncer une politique de réduction des prix et des coûts, après la décision de cesser la production sur le site de Poissy, en région parisienne.
Né en 2021 de la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler, Stellantis a vu sa part de marché fondre des deux côtés de l’Atlantique. En 2025, elle ne représentait plus que 16 % des ventes en Europe élargie et 8,2 % aux États-Unis, contre respectivement 22 % et 11,6 % en 2021. Le cours de l’action a chuté de 12 à 6 euros en cinq ans. Pour redresser la barre, Antonio Filosa, arrivé à la tête du groupe en juin 2025, a engagé dès février un vaste plan de restructuration industrielle, réduisant notamment la production de véhicules électriques aux États-Unis au profit de modèles thermiques V8. Cette remise à zéro a entraîné 25 milliards d’euros de provisions, grevant lourdement les comptes annuels.
Face à l’offensive des constructeurs chinois, qui inondent l’Europe de voitures électriques bon marché et technologiquement avancées, Stellantis choisit donc l’alliance plutôt que l’affrontement. Le groupe compte s’inspirer des méthodes et des fournisseurs asiatiques, et leur ouvrir ses usines sous-utilisées. Un modèle Opel utilisant la technologie de Leapmotor devrait ainsi être produit en Espagne. Stellantis va même plus loin en envisageant la vente de son usine de Madrid à sa coentreprise avec ce partenaire chinois. Si cette stratégie pourrait éviter des fermetures de sites, elle offre également aux marques chinoises une porte d’entrée en Europe, où elles représentent déjà 10 % des ventes. Pour Michael Foundoukidis, expert automobile chez Oddo, « l’Europe demeure la région la plus difficile à redresser, en raison de la pression réglementaire, d’une compétitivité insuffisante et d’une rentabilité déjà dégradée ». Il estime que les seuls partenariats chinois ne sauraient constituer une réponse suffisante aux défis du groupe.





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