Société
Quand des étudiants en design contribuent aux neurosciences


Dans une initiative inédite, des étudiants en design et en arts plastiques assistent à des interventions chirurgicales du cerveau. Leur mission ? Créer un nouveau langage visuel pour mieux comprendre et représenter cet organe complexe.
Au CHU de Reims, des étudiants de l’École Supérieure d’Art et de Design (Esad) ont récemment pris place dans un bloc opératoire, crayons et appareils photo en main. Leur présence, bien que surprenante, s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche interdisciplinaire franco-allemand baptisé « Brain Roads ». Ce programme, lancé en 2019, vise à combler les lacunes des technologies d’imagerie médicale en associant l’art et la science pour mieux représenter le cerveau humain.
Lors d’une opération sur un patient éveillé atteint d’une tumeur cérébrale, les étudiants ont capturé chaque détail : les gestes des chirurgiens, les instruments médicaux, et même les explications du neurochirurgien Benoît Marlier. Ces observations serviront à créer des modèles graphiques interactifs, complétant les données numériques issues des IRM et scanners. Olaf Avenati, designer graphique et enseignant à l’Esad, souligne que cette démarche s’inscrit dans une longue tradition : depuis l’Antiquité, les artistes ont joué un rôle clé dans la représentation anatomique.
Le projet « Brain Roads » cherche à résoudre un défi majeur en neurochirurgie : les images numériques, bien que précises, ne reflètent pas toujours la réalité une fois le cerveau exposé. Les tissus se déplacent, rendant les données obsolètes. Pour les chirurgiens, l’enjeu est de taille : retirer la tumeur sans endommager les zones saines. Les étudiants, en combinant dessins d’observation et intelligence artificielle, travaillent à développer un outil qui alignera les représentations visuelles avec la réalité opératoire.
Ce projet ne se limite pas à Reims. Des ateliers similaires ont déjà eu lieu à Berlin et Montpellier. D’ici 2026, un logiciel open source, développé en collaboration avec Télécom SudParis, devrait voir le jour. Cet outil, accessible gratuitement, permettra aux chercheurs et médecins d’explorer le cerveau avec une précision inédite.
Pour Patricia Ribault, co-porteuse du projet et enseignante en arts plastiques, « Brain Roads » représente bien plus qu’une innovation technologique. Il s’agit d’un pont entre deux univers : celui de la création artistique et celui de la science. En s’inspirant mutuellement, ces disciplines pourraient révolutionner notre compréhension du cerveau et ouvrir de nouvelles perspectives en médecine.
Ainsi, à travers cette collaboration unique, l’art et la science s’unissent pour repousser les limites de la connaissance et offrir des solutions concrètes aux défis de la neurochirurgie moderne.





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