Faits Divers
Le dernier mot sur l’affaire Mis et Thiennot
Jeudi, la Cour de révision doit rendre une décision qui pourrait innocenter deux hommes condamnés en 1950 pour le meurtre d’un garde-chasse. Une affaire…


Jeudi, la Cour de révision doit rendre une décision qui pourrait innocenter deux hommes condamnés en 1950 pour le meurtre d’un garde-chasse. Une affaire qui hante le Berry depuis près de 80 ans et qui tient en haleine des familles entières.
Raymond Mis et Gabriel Thiennot sont morts respectivement en 2003 et 2009. Pourtant, leur nom continue de résonner dans les rues de 31 communes de l’Indre, où des places et des avenues portent leur souvenir. Ce jeudi, à 11 heures, la Cour de révision doit sceller le sort judiciaire de ces deux hommes que beaucoup croient innocents. Il aura fallu sept requises depuis 1952 et un amendement spécial voté en 2021 pour que le dossier arrive enfin jusqu’à cette instance. C’est leur seule chance d’obtenir une réhabilitation posthume. Car si la Cour annule leur condamnation, aucun nouveau procès ne pourra avoir lieu, les accusés étant morts. Ils resteraient alors présumés innocents, réhabilités aux yeux de la loi.
Tout commence le 31 décembre 1946. Le corps du garde-chasse Louis Boistard est retrouvé criblé de plombs, à moitié immergé dans un étang de Saint-Michel-en-Brenne. Deux jours plus tôt, une altercation avec un groupe de chasseurs aurait dégénéré. Les soupçons se portent rapidement sur Raymond Mis et Gabriel Thiennot. Ils passent aux aveux devant la police et le juge d’instruction. Mais très vite, ils se rétractent et clament leur innocence. Après deux procès annulés par la Cour de cassation, la cour d’assises de Gironde les condamne en 1950 à quinze ans de travaux forcés. Pour leurs défenseurs, ces aveux ont été arrachés sous la torture, avec des méthodes dignes de la Gestapo. Leur fils Thierry Thiennot, lors de l’audience du 11 juin, a d’ailleurs lancé aux juges sa colère de fils convaincu de leur innocence. Il a dénoncé une enquête bâclée et des preuves fabriquées.
Mais tout le monde n’est pas de cet avis. L’avocat général Pascal Bougy a appelé la Cour à ne pas céder à la pression de l’opinion publique ni à une croyance populaire sans fondement. Selon lui, il n’y a aucun élément nouveau par rapport à ce que la cour d’assises avait examiné. De son côté, l’avocat de la fille de Louis Boistard, aujourd’hui âgée de 85 ans, a mis en garde contre une réhabilitation qui ferait du meurtre de son père une énigme sans coupable. Il a dénoncé un mythe collectif déconnecté de la réalité. Les révisions de condamnations criminelles sont extrêmement rares en France, moins d’une quinzaine depuis 1945. Ce jeudi, la Cour doit dire si le dossier, récemment expurgé de plusieurs pièces clés obtenues par la défense, crée un doute sérieux sur la culpabilité de Mis et Thiennot. Pour leurs proches, c’est enfin l’heure de la vérité. Pour les opposants, le risque est de laisser un crime impuni.
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