Planète
L’appétit des minerais menace les sanctuaires forestiers congolais


Alors que la course aux métaux stratégiques s’intensifie en République démocratique du Congo, les communautés locales tentent de protéger leurs forêts par des titres fonciers. Mais la pression des exploitants miniers, souvent soutenus par des intérêts internationaux, fragilise ces remparts juridiques.
Dans la province du Haut-Katanga, au sud-est du pays, des réserves forestières communautaires constituent l’un des derniers boucliers contre l’expansion minière. Ces concessions, officiellement reconnues par l’État, permettent aux villages de gérer durablement leurs écosystèmes et de sécuriser des droits fonciers ancestraux. Leur objectif est de préserver la forêt de miombo, vaste écosystème de forêt tropicale sèche, tout en autorisant des activités de subsistance comme la production contrôlée de charbon de bois.
Cette protection légale se heurte cependant à une réalité plus brutale. La région, qui produit environ 70 % du cobalt mondial, est au cœur d’une compétition géopolitique pour l’accès aux métaux essentiels aux batteries électriques et aux technologies de défense. Des sociétés minières, souvent étrangères, multiplient les permis d’exploration et d’exploitation, y compris à proximité ou en chevauchement avec les zones protégées. Des incidents récents, comme le blocage d’une patrouille de surveillance par des militaires devant un site minier en développement, illustrent les tensions croissantes.
Les communautés dénoncent des contournements de la réglementation. Malgré le statut de concession forestière, certaines entreprises obtiendraient des autorisations sans consentement préalable des habitants, ni accord sur le partage des bénéfices. L’application des lois environnementales et foncières reste lacunaire, laissant les villages, souvent dépourvus de moyens et d’influence politique, dans une position de faiblesse. Les gardes forestiers bénévoles, chargés de surveiller les vastes étendues, font face à des incursions de bûcherons illégaux et parfois à des menaces.
L’impact environnemental est déjà mesurable. Les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba ont perdu plus d’un million d’hectares de couvert forestier depuis le début du siècle, une déforestation largement attribuée à l’activité minière le long de la ceinture de cuivre et de cobalt. Les risques de pollution des sols et des cours d’eau inquiètent les défenseurs de l’environnement, d’autant que des accidents industriels ont déjà affecté des zones habitées.
Pour les experts, le modèle des concessions forestières communautaires, bien que pertinent, ne suffit pas. Il offre une garantie théorique contre l’expropriation, mais son efficacité dépend d’un État de droit et d’une gouvernance que la pression économique et les enjeux stratégiques tendent à éroder. Dans l’attente d’une autorisation finale pour leur réserve, certains villages voient déjà des routes construites à travers leurs forêts pour desservir des sites d’extraction. Leur principal recours reste alors le dossier administratif, fragile rempart contre l’appétit des bulldozers.





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