Planète
L’acoupa rouge, poisson emblématique de Guyane, menacé par la pêche illégale
Jadis abondant dans les eaux guyanaises, l’acoupa rouge voit ses populations décliner sous l’effet d’une pression halieutique croissante, notamment illicite, suscitant l’inquiétude des professionnels et des scientifiques.
Sur les étals des marchés, dans les linéaires des grandes surfaces ou à la carte des restaurants, l’acoupa rouge est omniprésent en Guyane. Ce poisson argenté aux nageoires rouges, longtemps abondant dans les eaux du territoire, se fait pourtant plus rare, victime notamment d’une pêche illégale difficile à endiguer. Léonard Raghnauth, président du comité des pêches de Guyane, se souvient d’une époque où les sorties en mer étaient bien plus fructueuses. Aujourd’hui, ce poisson bon marché et très consommé attire des équipages venus du Brésil, du Suriname et du Guyana, une pression que les chercheurs peinent encore à quantifier avec précision.
Fabian Blanchard, délégué régional de l’Ifremer, estime que l’espèce est surexploitée. Les navires légaux débarquent environ 700 tonnes d’acoupas chaque année, tandis que la pêche illégale en prélèverait entre 500 et 3 000 tonnes supplémentaires, selon des estimations encore incertaines. Faute de données historiques suffisantes, l’Ifremer n’observe pas encore de déclin direct de la population, l’évaluation du stock ayant débuté il y a seulement deux ans. Les volumes débarqués livrent toutefois un premier signal d’alerte : après un pic en 2011, ils sont redescendus au niveau de 2006, une période où la pêche illicite était pourtant moins intense.
Tony Nalovic, biologiste marin et ancien ingénieur au comité des pêches de Guyane, juge la situation préoccupante. Il observe des campagnes de pêche plus longues, des filets plus longs, des mailles plus petites, des débarquements moins importants et des poissons de taille réduite. « Aucun indicateur ne va dans le bon sens », affirme-t-il, réclamant une réglementation spécifique pour l’acoupa rouge, qui n’en bénéficie aujourd’hui d’aucune. Les seules limitations actuelles portent sur les capacités de pêche des professionnels.
Pour lutter contre ce fléau, les autorités ont mis en place l’opération Mokarran. Lors de la dernière campagne, menée du 23 février au 29 mars, six navires ont été interceptés, ainsi que près de 11 tonnes de poissons et 111 kilogrammes de vessies natatoires. C’est cet organe, qui permet au poisson de flotter, qui suscite toutes les convoitises. Très prisé en Asie, il se vend environ 100 euros le kilo. Après avoir épuisé les stocks dans d’autres régions du monde, les pêcheurs illégaux se tournent désormais vers les eaux guyanaises, où les populations d’acoupa rouge restent encore vivaces. Cette exploitation de la vessie dure depuis une vingtaine d’années, selon Tony Nalovic.
Les acteurs de la pêche guyanaise s’accordent sur le constat d’une surexploitation menaçant l’espèce à long terme, mais divergent sur les solutions à adopter. La décision ne leur appartient pas : c’est la Commission européenne qui détient le mandat de protéger ou non les espèces exploitées commercialement, et les quotas, interdictions et autres règles se décident à Bruxelles. Or, les autorités européennes ne distinguent pas pêche légale et illégale et s’en tiennent aux chiffres globaux, qui pointent une surexploitation. Léonard Raghnauth déplore cette approche, estimant qu’une réglementation reviendrait à sanctionner les pêcheurs légaux alors que les illégaux sont responsables de la situation.
Le comité des pêches vient de lancer une nouvelle campagne pour produire son propre rapport, après une première étude réalisée en 2024 avec le WWF et l’Ifremer. Ce travail visait à mieux cerner une pêche illégale que les pêcheurs guyanais jugent toujours sous-estimée. Le futur rapport doit notamment intégrer l’allongement des filets et la réduction de la taille des mailles, signes d’une capacité de pêche en hausse que les données officielles ne captent pas, selon Léonard Raghnauth.
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