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Société

La démocratie à ciel ouvert perdure en Suisse alémanique

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Chaque dernier dimanche d’avril, le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures renoue avec un rituel politique vieux de six siècles, où le vote à main levée scelle les choix collectifs.

Sous un soleil éclatant, la place centrale d’Appenzell, chef-lieu de ce canton alémanique d’environ 17 000 habitants, a accueilli des milliers de citoyens venus exercer leur droit de vote selon une tradition héritée du XVe siècle. La Landsgemeinde, ou assemblée en plein air, a ainsi permis de désigner les dirigeants et magistrats locaux, dans un décor de façades colorées qui a attiré de nombreux visiteurs et curieux.

La journée a débuté par un office religieux à l’église paroissiale, suivi d’une procession lente des édiles et des juges vers le lieu de rassemblement. Les participants, debout pour la plupart, se sont pressés dans un espace réservé aux votants. Pendant plusieurs heures, ils ont délibéré et tranché à bras levé sur les questions soumises, élisant leur gouvernement ainsi que certains juges et fonctionnaires.

Ce mode de scrutin, bien que non secret, conserve la faveur de la majorité. Angela Koller, avocate centriste de 42 ans, première femme élue à la fonction de Landammann l’année précédente et réélue ce dimanche, a souligné l’importance de la tolérance et du respect mutuel au sein de la population. Elle partagera désormais ses responsabilités avec Pius Federer, un nouvel élu sans affiliation partisane.

Des référendums figuraient également à l’ordre du jour. Les électeurs ont approuvé une révision de la loi sur la police, destinée à renforcer ses capacités d’intervention, ainsi qu’un projet relatif aux pistes cyclables. Appenzell Rhodes-Intérieures et le canton de Glaris sont les deux seules entités helvétiques à perpétuer cette forme de démocratie directe une fois par an.

Martin Pfister, conseiller fédéral et ministre de la Défense, présent en tant qu’invité d’honneur, a salué cette tradition. Il a estimé que, bien que ce modèle ne soit pas envisageable dans les grands cantons, il incarne une pratique démocratique vivante et chère aux habitants de la région. Une électrice de 31 ans, prénommée Ursulina, a quant à elle apprécié la possibilité d’un échange direct avec les citoyens et d’une écoute sans filtre des arguments.

Cette coutume remonte à 1403, époque où seuls les hommes aptes à défendre leur communauté pouvaient voter. Une large majorité d’entre eux portait d’ailleurs l’épée ce dimanche, perpétuant un usage séculaire. Les femmes, quant à elles, n’ont été autorisées à prendre part à cette assemblée qu’à partir de 1991, soit plus de vingt ans après l’obtention du droit de vote aux élections fédérales suisses.

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