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La canicule précoce étreint l’Europe de l’Ouest

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Londres, Paris et Nantes suffoquent sous des températures record pour un mois de mai, poussant habitants et travailleurs à s’adapter pour fuir une chaleur inédite qui interroge sur le rôle du changement climatique.

Une vague de chaleur d’une intensité et d’une précocité remarquables s’abat sur une large portion de l’Europe occidentale, confrontant les populations à des conditions estivales en plein printemps. De la City londonienne aux bords de Loire, en passant par les rues de Paris, chacun cherche à composer avec ce mercure qui grimpe à des niveaux jamais atteints pour la saison.

Gurjit Gill, quadragénaire londonien travaillant dans la finance, ne cache pas son soulagement de pouvoir se réfugier dans un bureau climatisé. La veille, il avait choisi une patinoire pour échapper à l’atmosphère étouffante. Chez lui, il envisage désormais d’installer un système de refroidissement, tant les nuits deviennent difficiles à supporter. Le thermomètre a grimpé jusqu’à 34,8 degrés Celsius dans le parc botanique de Kew Gardens, un record absolu pour un mois de mai dans la capitale britannique. Ce phénomène s’explique par l’arrivée d’air chaud en provenance d’Afrique du Nord, bloqué par un puissant anticyclone, un scénario que les scientifiques relient au réchauffement climatique d’origine humaine qui amplifie les événements extrêmes.

Renata Stankeviciute, une Lituanienne de 43 ans installée en Angleterre, confie travailler en cuisine dans des conditions qu’elle qualifie d’atroces, espérant un retour rapide à des températures plus clémentes. Philippe Bignens, touriste suisse de 56 ans, estime pour sa part que l’absence d’inquiétude face au réchauffement climatique relèverait de la surdité et de l’aveuglement. Il a dû modifier son programme de visites londoniennes pour préserver son père des fortes chaleurs.

En France, Météo-France a placé huit départements de l’Ouest en vigilance orange canicule, un niveau d’alerte supérieur au jaune qui prévalait depuis le début de cet épisode entamé dimanche et qui pourrait se prolonger jusqu’en fin de semaine. Sur un chantier nantais, les ouvriers ont avancé leur prise de poste à sept heures du matin pour devancer les 34 degrés annoncés. Marius Guibert, jeune chef de chantier, explique que la pause méridienne a été réduite à trente minutes afin d’éviter de travailler trop longtemps sous un soleil de plomb.

Dans une école de Nantes, la directrice Marie Bouju a recommandé aux parents d’équiper leurs enfants de chapeaux et de gourdes. Les activités sportives de l’après-midi ont été supprimées, y compris le basket périscolaire. Elle souligne que l’établissement, doté d’une cour arborée, commence à acquérir des réflexes face à ces épisodes récurrents. Lundi, plusieurs dizaines de records de chaleur pour un mois de mai sont tombés en France, avec 34,3 degrés enregistrés à Nantes. Céline Pellat, professeure de mathématiques dans un autre établissement au nord-est de la ville, s’inquiète du manque d’adaptation de nombreuses écoles à de telles températures.

À la gare de Nantes, de larges ventilateurs ont été installés sous la mezzanine vitrée qui surplombe les voies. Une employée d’une enseigne située sous cette verrière confie que la chaleur devient vraiment pénible à partir de midi, ajoutant que les ventilateurs ne font que brasser de l’air chaud. Plus loin, à Nort-sur-Erdre, le producteur de céréales Nicolas Favry redoute les conséquences de cette canicule sur ses champs de blé. Il craint un impact sur le remplissage des grains, tout en espérant que les réserves en eau accumulées grâce aux pluies abondantes du début d’année limiteront les dégâts, à condition que cet épisode ne s’éternise pas.

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