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Culture

Kim Yun Shin, l’artiste nonagénaire qui dialogue avec le bois

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À 91 ans, la sculptrice sud-coréenne, longtemps méconnue dans son pays, fait l’objet d’une rétrospective majeure. Son œuvre, façonnée à la tronçonneuse, est le fruit d’une vie d’exil et de quête spirituelle.

Dans son atelier de Paju, au nord-ouest de Séoul, Kim Yun Shin manie l’outil avec une précision qui défie son âge. La tronçonneuse, prolongement de son propre corps, entame la matière avec une assurance tranquille. Pour cette artiste, le geste est plus qu’une technique, c’est une fusion. Elle explique que l’outil doit épouser parfaitement son mouvement, devenant une extension d’elle-même dans un dialogue silencieux avec le bois.

Cette relation intime avec la nature trouve ses racines dans une enfance solitaire, passée dans la campagne de ce qui est aujourd’hui la Corée du Nord. Née en 1935, elle grandit en conversant avec les arbres et les rizières, forgeant un lien profond avec son environnement. Les bouleversements historiques, l’occupation japonaise puis la guerre, marquent durablement son parcours. Le souvenir des pins abattus pour le chauffage, qu’elle considérait comme des amis, a nourri son désir de redonner vie au bois par la sculpture.

Après des études en France et une carrière d’enseignante à Séoul, c’est en Argentine qu’elle trouve, à 48 ans, un nouveau souffle. Elle y restera quatre décennies, séduite par la luxuriance de la végétation locale. C’est là qu’elle adopte définitivement la tronçonneuse, un outil alors peu conventionnel dans le milieu artistique, pour sculpter des formes abstraites et puissantes. Cette pratique deviendra sa signature, lui valant une reconnaissance progressive sur la scène internationale.

Le retour dans son pays natal, il y a quelques années, a marqué un tournant. Longtemps ignorée par les institutions sud-coréennes, son travail fait aujourd’hui l’objet d’une vaste exposition au musée Hoam, un établissement prestigieux qui met pour la première fois à l’honneur une artiste femme. L’exposition présente plus de cent soixante-dix pièces, sculptures et peintures, qui retracent son parcours et sa philosophie.

Le nom qui lui fut donné à l’adolescence par un moine bouddhiste, Yun Shin, signifiant « vérité et foi », semble avoir tracé la voie de son existence. Ces principes ont guidé une vie consacrée à la recherche de l’essence des matériaux et de sa propre identité. Aujourd’hui, son œuvre, présentée jusqu’à la Biennale de Venise, témoigne d’une persévérance artistique rare. Elle incarne la résilience d’une créatrice qui, à travers le grain du bois, a sculpté le temps et fait résonner une voix longtemps discrète.

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