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Ils ont entre 17 et 24 ans et ils attaquent l’État canadien pour son inaction climatique

À Vancouver s’ouvre un procès inédit au Canada. Quinze jeunes veulent contraindre l’État à tenir ses engagements climatiques, estimant que son inertie…

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Ils ont entre 17 et 24 ans et ils attaquent l'État canadien pour son inaction climatique

À Vancouver s’ouvre un procès inédit au Canada. Quinze jeunes veulent contraindre l’État à tenir ses engagements climatiques, estimant que son inertie menace leur vie et leur santé.

Une cour fédérale de Vancouver s’apprête à accueillir un procès sans équivalent dans le pays. Quinze jeunes de 17 à 24 ans y poursuivent l’État canadien, accusé de ne pas les avoir protégés face au dérèglement du climat. Leur demande est précise. Ils veulent que la justice oblige Ottawa à renforcer son plan de baisse des émissions de gaz à effet de serre et à respecter les cibles qu’il s’est lui-même fixées. Cinq semaines d’audiences sont prévues dans cette affaire baptisée La Rose contre Sa Majesté le Roi, du nom d’une des plaignantes. Le jugement n’est pas attendu avant fin février 2027, au terme de sept années de procédure.

Au cœur du dossier, une question de droit. Les plaignants comptent démontrer que leurs droits constitutionnels à la vie, à la liberté et à la sécurité ont été bafoués par un État incapable de les préserver d’une menace qualifiée d’existentielle. L’une de leurs avocates insiste sur le caractère inédit de l’exercice. Les autorités canadiennes rangent le changement climatique dans la case des problèmes politiques, rappelle-t-elle, alors qu’il s’agit selon elle d’une question juridique. Un tribunal peut légitimement s’en saisir dès lors que l’action d’un gouvernement cause du tort à ses citoyens.

Le plan actuel prévoit une baisse des émissions de 40 à 45 % d’ici 2030 par rapport à 2005. Un objectif que le gouvernement lui-même a récemment admis ne pas pouvoir atteindre. Pour étayer leurs propos, les avocats feront défiler à la barre des scientifiques, des pédiatres et des ingénieurs chargés d’exposer les effets très concrets du dérèglement sur la santé physique et mentale de ces jeunes. Certains racontent déjà ce qu’ils vivent. Une plaignante de 19 ans se réjouit d’avance de pouvoir enfin faire entendre sa voix. Une autre se souvient de l’été 2015, quand le nord de la Saskatchewan brûlait et que l’air devenait irrespirable. Feux de forêt à répétition, inondations, températures extrêmes. La liste des phénomènes qui frappent déjà le pays est longue.

Cette affaire ne se déroule pas dans un vide. Partout sur la planète, des centaines de procès similaires ont été intentés ces dernières années pour pousser les États à agir. Plusieurs ont abouti, aux Pays-Bas comme en Corée du Sud. En Allemagne, neuf militants avaient obtenu en 2021 une décision historique de la Cour constitutionnelle, qui avait enjoint au gouvernement de relever ses objectifs de réduction au nom des droits fondamentaux des jeunes générations. Une spécialiste du droit climatique rappelle que cette jurisprudence et l’avis rendu en 2025 par la Cour internationale de justice, sur le devoir des États de protéger le climat pour les générations présentes et futures, pourraient peser sur la décision canadienne. Elle s’étonne de la façon dont ces jugements voyagent d’une juridiction à l’autre et ne doute pas que le verdict de Vancouver viendra lui aussi nourrir ce corpus juridique encore en construction.

Le contexte politique donne un relief particulier à l’audience. Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2025, le Premier ministre Mark Carney a supprimé plusieurs mesures environnementales héritées de Justin Trudeau, dont la taxe carbone pour les particuliers et le plafond d’émissions du secteur pétrolier. Engagé dans une guerre commerciale avec les États-Unis, il mise sur de grands projets, notamment dans l’énergie, afin de réduire la dépendance canadienne envers son voisin du sud. Un choix qui prend le contre-pied des engagements climatiques noués par le gouvernement précédent.

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