Politique
Paris Games Week, Twitch, lois sur les jeux… comment les insoumis ont apprivoisé les gamers
Longtemps ignorés par les responsables politiques, les joueurs sont devenus un public que la France insoumise courtise avec méthode. Des studios aux…

Longtemps ignorés par les responsables politiques, les joueurs sont devenus un public que la France insoumise courtise avec méthode. Des studios aux plateformes de streaming, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon s’est installé dans un univers qui pèse des milliards.
Dans les allées de la Paris Games Week, Rayman, Zelda et Mario font la loi. Mais une petite file se forme aussi pour repartir avec un selfie en compagnie d’élus de la France insoumise. Sur ce salon parisien dédié au jeu vidéo, le parti de Jean-Luc Mélenchon a ses habitudes. Il y travaille son image depuis plus de dix ans.
Le début de l’histoire ressemble pourtant à une brouille. En novembre 2014, Jean-Luc Mélenchon déclenche la colère des joueurs en s’attaquant à Assassin’s Creed Unity, coupable selon lui de transformer le peuple de 1789 en horde de révolutionnaires sanguinaires. La levée de boucliers lui fait comprendre le poids de ces communautés en ligne, rapporte un de ses anciens compagnons. Il corrige aussitôt son tir, présente le jeu vidéo comme un art à part entière — ce qui, dit-il, autorise la critique — et annonce qu’il compte s’acheter une console. Aujourd’hui encore, le geste surprend. «C’était tellement rare», souligne Vanessa Kaplan, du Syndicat national du jeu vidéo, alors que le monde politique affichait un désintérêt à peu près complet pour un secteur devenu la première industrie culturelle du pays, avec près de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
Le chercheur Olivier Mauco, fondateur de l’Observatoire européen des jeux vidéo, parle d’une «stratégie maligne». Elle a permis au mouvement de s’imposer comme la «figure politique majeure» d’un écosystème longtemps délaissé, avec un intérêt évident à l’approche d’une présidentielle. Jean-Luc Mélenchon, 75 ans et de nouveau candidat, est un lecteur de science-fiction. S’il ne touche toujours pas à une manette, il a enchaîné les visites d’écoles et de studios.
L’effort se joue aussi en ligne. La France insoumise a investi Twitch, où ses députés les plus «gamers», Antoine Léaument et Ugo Bernalicis, animent des émissions chaque semaine. L’objectif affiché consiste à «parler directement aux gens» et à «sortir de la bulle insoumise, de la bulle de gauche», résume Antoine Léaument, croisé porte de Versailles. Devant le stand du jeu The Witch’s Bakery, Solène Michon, développeuse chez Sunny Lab, lui lance un «on est fan de vous». Ce qui lui plaît, c’est une proposition de loi qui garantirait l’accès aux jeux achetés même quand les éditeurs les retirent du marché. L’inquiétude est montée après la décision de Sony d’abandonner les jeux sur disque en 2028. «La dématérialisation impacte beaucoup les joueurs, alors oui, on y est très sensibles», explique-t-elle. De l’autre côté, Nicolas Vignolles, du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs, qui regroupe les éditeurs hostiles au texte, dénonce une démarche «électoraliste».
Ugo Bernalicis, porteur de la proposition, ne s’en cache pas. Il veut mettre «le débat public» sur le jeu «en cette période électorale». Le parti a intégré le sujet à ses campagnes dès 2017, avec notamment l’idée d’un Centre national du jeu vidéo. Il avait aussi lancé Fiscal Kombat, pastiche de Mortal Kombat où Jean-Luc Mélenchon partait chercher l’argent des plus riches pour remplir les caisses de l’État. Pour 2027, deux titres sont déjà en circulation. Un concours de parrainage citoyen autour de la «tortue», animal totem du candidat, et un jeu de stratégie dans lequel le joueur doit conduire l’insoumis jusqu’à l’Élysée. «Ça rend LFI sympathique, mais je ne sais pas si ça nous fait gagner des voix», concède Antoine Léaument, qui revendique un militantisme «joyeux». Une image soignée à mesure que le mouvement est accusé de brutaliser le débat public.
Reste le nerf de la guerre, les audiences. La France insoumise s’est attiré les faveurs de gros streamers français, à l’image de Kameto en septembre, et espère en convaincre d’autres avant le scrutin. Tous ne sont pas acquis. Sardoche, l’un des diffuseurs les plus suivis du pays et proche de l’extrême droite, revendique l’envie de devenir député et annonce qu’il utilisera son influence pendant la campagne pour contrer les insoumis. La partie ne fait que commencer.
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